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Sculpture africaine
150,00 CHF

 KURT HINRICHSEN

(1901-1963) 

« Visionnaire de la réalité »  

du 18 octobre au 31 décembre 2025

Ouvertures : samedi et dimanche de 14h00 à 18h00 

 

Kurt Hinrichsen, né à Saint-Gall en 1901, a grandi à Bâle où sa famille s'est installée en 1907.

Il a renoncé à des études de droit pour se consacrer à la peinture. Il part à Munich où il fréquente différentes académies, puis entre à l'École de tissage de soieries de Zurich.

A partir de 1925 il vit à Paris et décide de se consacrer entièrement à la peinture, tout en étudiant auprès de Jules Adler (1865-1952) / peintre rattaché au courant naturaliste dont le thème de prédilection était le monde ouvrier, ce qui lui a valu d'être surnommé « le peintre des humbles ».

A Paris Kurt Hinrichsen expose dans de nombreuses galeries (en particulier chez Durand-Ruel et à la Galerie Chardin), au Salon des Indépendants à partir de 1929, au Salon du dessin et de la peinture à l'eau, au Salon Comparaison, ainsi qu'en Suisse (Künsthalle de Bâle) et à plusieurs reprises chez Bettie Thomen à Bâle. 

Il exécute des illustrations pour la revue La Barre et réalise de nombreux paysages lors de son séjour à Tonnerre, dans l'Yonne, où résidaient les parents de son ami peintre Paul Charlot.  

Lors d'un voyage en Belgique en 1934, l'étude approfondie des œuvres de Rubens influence sa peinture.

En 1937, une bourse du musée de Bâle lui permet de se rendre en Italie et à Anvers.

À partir de 1945, il passe souvent l'été aux Sables-d'Olonne, ce qui l'encourage à introduire de nouveaux sujets dans son œuvre. De même, en 1946, il visite la Savoie et y peint des paysages.

L'État français, la ville de Paris, la Kunstkredit Basel et diverses entreprises possèdent des oeuvres de Kurt Hinrichsen.

Environ 400 tableaux se trouvent dans des collections privées en Suisse, en France, aux Pays-Bas et aux États-Unis. 

  

Sa voie dans la couleur

Ses figures aux formes expressives peuvent parfois rappeler Ensor, Schiele ou Soutine, mais sur le plan stylistique, ses peintures vibrantes et captivantes, aux couleurs captivantes, sont d'un style personnel.

Hinrichsen fut rejeté par de nombreux critiques, mais salué par d'autres. Par exemple, le Belge Paul Fierens, important critique d'art européen du milieu du siècle dernier, trace une ligne de démarcation entre les Vénitiens, Rubens, Delacroix, Van Gogh, Soutine et même Ensor. Il écrit : « L'art de Kurt Hinrichsen ne parle pas ; il étonne, il chante, il crie, il explose et ne laisse personne indifférent. » D'autres critiques le rapprochent de Renoir ou parlent d'un impressionnisme traduit en expression.

Adrien Chappuis, l'un des plus célèbres collectionneurs de dessins de Cézanne, d'Aix-les-Bains, a publié en 1954 un ouvrage illustré en noir et blanc et en couleur sur Kurt Hinrichsen. Il y établit un lien entre les Vénitiens, notamment le Tintoret, Rubens et Delacroix, et soutient que le tableau, qui ne s'inscrit dans aucune école ni étiquette commune, pourrait peut-être être qualifié de baroque teinté d'expressionnisme, même si Hinrichsen n'a jamais éprouvé d'attrait pour les expressionnistes.

Chappuis le décrit comme «une création unique, individuelle et authentique, exécutée avec beaucoup de finesse et d'engagement, qui inspire autant ses partisans que ses opposants.»

  

Un visionnaire de la réalité

Hinrichsen était un dessinateur talentueux et un designer sensible, mêlant personnages, architecture, objets et musique à ses compositions. Il a trouvé sa voie dans la couleur.

Il observait et aimait la vie réelle qui l'entourait, s'identifiait aux choses, recherchait l'expression et traduisait pensées et sentiments dans son style personnel. Il plaçait chaque personnage et chaque objet de ses compositions avec l'atmosphère qu'il transmettait.

Ses personnages, objets et paysages rayonnent souvent subtilement, puis avec force et souvent avec dramatisme. Tout ce qu'il peint est équilibré et finalement cohérent. Presque chaque tableau déploie un lyrisme dynamique, un mouvement souvent palpitant et des détails finement coordonnés.

Son travail ne laisse personne indifférent. Un journal français a écrit un jour : « Tout rugit, fait de la musique, résonne et est vivant. »

Hinrichsen peint toujours la vie, le visible, le monde vibrant, de son point de vue, tout en révélant les forces qui le sous-tendent. Sa devise : « L'art, c'est la vie ! » est présente dans chacune de ses œuvres.

Hinrichsen a été qualifié à plusieurs reprises de visionnaire de la réalité.

 

Ce cachet d'atelier peut se trouver aussi bien sur des dessins que des peintures.

Un second cachet a été créé par Me Robert pour les œuvres vendues aux enchères en 1971.

Oeuvres en vente de Kurt Hinrichsen

« Le Jardin Niçois »

146 cm x 114 cm (1960) - image d'une reproduction

La femme du peintre, Marie Hinrichsen, a écrit au sujet de ce tableau:

Lors d'une exposition de ses œuvres au Musée de Toulon en 1960 (13 février au 1er mars 1960), après le vernissage et au moment de penser au retour, le peintre Stan (*) invite amicalement Kurt et son épouse Marie à passer plusieurs jours dans son domaine des «Taillades» à Seillans dans le Var. (...) Ensuite Kurt et Marie séduits par le ciel ensoleillé de Provence et de moins en moins pressés de «remonter» à Paris décident d'assister au Carnaval de Nice. Ils vont donc séjourner une semaine au milieu des mimosas en fleurs. Kurt évidemment travaille. Il fait quelques dessins aquarelles et choisissant comme centre d'étude les jardins du Château de Nice.

(Ndlr: Le carnaval de Nice en 1960 a eu lieu du 14 février au 1er mars)

Le 27 février une composition se précise avec les figuiers de Barbarie, les agaves, les rochers, les balustres, le banc et les trois jeunes filles. (Ces trois jeunes filles ne sont pas une invention du peintre, mais une réalité plastique heureuse qu'il conserve avec soin). Rentré dans son atelier parisien, Kurt n'a plus qu'à utiliser ces documents et exécuter deux toiles sur ce sujet du «Jardin Niçois». La petite appartient à Madame Hinrichsen - La grande fut exposée au Salon d'Automne de 1960.

(*) Stanislas Appenzeller. Alias "Stan" s’installe à Seillans en 1956 au Domaine des «Taillades» avec sa femme Nicka. C’est là qu’il trouvera son «havre de paix». Ami de Lucien Jacques et proche de Jean Giono, Stan n’a jamais cessé de peindre la Côte d’Azur, la Provence et de nombreux portraits jusqu’à sa disparition en 1980. L’ensemble de ses œuvres ont été léguées à la commune de Seillans. Une exposition permanente lui est consacrée au deuxième étage de la maison Waldberg.

 

    

Kurt Hinrichsen

1901-1963

Kurt Hinrichsen was born on October 26, 1901 in Basel or St. Gall to a German father. He was a painter, draughtsman, and engraver of figure compositions, figures, nudes, portraits, and landscapes.

Hinrichsen’s family settled in Basel in 1906. He settled permanently in Paris in 1924-1925, at the time when he decided to devote himself entirely to painting, while studying with Jules Adler.

During a trip to Belgium in 1934, studying the works of Rubens in greater depth influenced his painting. In 1937, a bursary from the Basel museum enabled him to travel to Italy and Antwerp. From 1945, he often spent the summer in Sables-d’Olonne, which encouraged him to introduce new subjects into his work. Similarly, in 1946, he visited Savoy and painted landscapes there.

Hinrichsen exhibited regularly at the Salon des Indépendants from 1929 and sometimes at the Salon d’Automne. He also exhibited from 1950 onwards at the Salon Comparaisons in 1955 and 1957. He has about 15 solo exhibitions, mainly in Basel and Paris, including one at the Kunsthalle in Basel in 1946 and also in le Havre and the Hague.

Hinrichsen’s painting is very personal, characterized by drawing that is nervous, baroque, full of curls, curves and counter-curves, and he uses the pure colors of the Fauves, often slightly acid, placed on the canvas in scattered dots. He has painted many subjects, landscapes, and various regions, mainly in France and Italy, portraits, a large number of female nudes, and above all, compositions containing figures in motion.

 



KURT HINRICHSEN

(1901-1963)

Barock und Fauvismus / Baroque et fauviste

  

In Paris, wo er seit 1925 lebte, ist der Maler Kurt Hinrichsen gestorben. Die Nachricht wird in Basel, wo er einen grossen Freundeskreis besass, Trauer auslösen. Er war ein ungewöhnlich liebenswerter Mensch, tapfer, treu in seinen Ueberzeugungen, und zugleich tolerant, verbindlich, den Kontakt zum Mitmenschen suchend.

Basel war die Stadt seiner Jugend; oft hat er hier später in der Galerie Bettie Thommen ausgestellt. Seine Ausbildung erwarb er in München und Zürich; mit dem Entschluss, Maler zu werden, übersiedelte er vierundzwanzigjährig nach Paris. Auch in den düsteren Kriegsjahren hat er diesen Wohnsitz nicht aufgegeben.

Das Klima der Stadt schien ihm für seine Arbeit offenbar unentbehrlich. Die zarte, hochaufgeschossene Gestalt war erfüllt von einem unstillbaren Lebenshunger.

Die Maler des Barocks, mit dem Pathos ihrer Gebärden, mit ihrem Offensein für die sinnliche Fülle des Lebens, mit ihrem Schwimmen im Strom der Vitalität, das alles war ihm Bestätigung und Stütze, wenn er in Figurenbildern mit Themen seiner eigenen Zeit Kraft, Schönheit und Sicherheit des Instinktes suchte.

 Daneben malte er auch Landschaften und religiöse Szenen. Auch hier die Suche nach einer bewegenden Kraft der Form, nach einem brennenden Reichtum der Farbe.

Gelegentlich wird freilich die Gefahr deutlich, dass Kraft sich zu einem flackernden Zucken wandle. Dann diszipliniert sich Hinrichsen, dann wird die Erinnerung an Cezanne immer wieder wach. Er hat es sich ähnlich schwer gemacht. Tragik liegt über dem Lebenswerk.


Le souvenir de Cézanne 


Ce mois de juillet 1963 le peintre Kurt Hinrichsen est décédé à Paris où il vivait depuis 1925. Cette nouvelle suscitera la tristesse à Bâle, où il comptait un large cercle d'amis. C'était un homme exceptionnellement aimable, courageux, fidèle à ses convictions, tout en étant tolérant, serviable et avide de contact avec ses semblables.

Bâle fut la ville de sa jeunesse ; il y exposa ensuite souvent à la galerie Bettie Thommen. Il se forma à Munich et à Zurich ; décidant de devenir peintre, il s'installa à Paris à l'âge de 24 ans. Même pendant les années sombres de la guerre, il ne quitta pas cette résidence.

Le climat de la ville semblait clairement indispensable à son travail. Sa silhouette fine et élancée exprimait une soif insatiable de vivre.

Les peintres de l'époque baroque, avec le pathétique de leurs gestes, leur ouverture à la plénitude sensuelle de la vie, leur immersion dans le courant de la vitalité, tout cela le confortait et le soutenait dans sa quête de force, de beauté et de certitude instinctive dans des peintures figuratives aux thèmes de son temps.

Il peignit également des paysages et des scènes religieuses. Là encore, il recherchait une force émouvante dans la forme, une richesse ardente dans la couleur.

Parfois, cependant, le danger se fait sentir : une force se transforme en un tressaillement vacillant. Hinrichsen s'autodiscipline alors, et le souvenir de Cézanne se réveille sans cesse. Il s'est rendu la tâche tout aussi difficile. Une tragédie plane sur l'œuvre de sa vie.

wb

Source: National Zeitung - 4 juillet 1963

  

   

 LE PEINTRE KURT HINRICHSEN

(1901-1963)

Notre époque éprise de liberté l'est aussi de ces classements « par tendances » qui facilitent la tâche de la critique et qui procurent au public une apparence de sécurité. On croit y voir clair quand on sait à quel groupement, à quelle équipe, à quelle école un artiste se flatte d'appartenir ou accepte de s'affilier. Mais nous voici en présence d'un inclassable et qui nage à contre-courant avec une rare vigueur.

Ses contemporains sont perplexes devant son cas, se demandant quelle étiquette appliquer à sa ou à ses manières. Il faut renoncer à l'apprivoiser, le prendre tel qu'il est, admettre qu'en un temps où la peinture se détache de tout objet, aspire à ne se justifier, à ne subsister que par elle-même, et tend de plus en plus à ce qu'on nomme l'abstraction, Kurt Hinrichsen demeure aussi lyrique qu'il est attaché au réel.

Paradoxale est ainsi sa position : c'est la vie qu'il veut exalter et dont, tout d'abord, il s'enivre, mais il la transcende en superposant à sa représentation toujours lisible l'expression d'une subjectivité qui pourrait se passer de tout prétexte et faire éclater la forme concrète, la dissoudre, la pulvériser. Il semble que le rythme pur, un rythme tour à tour ample et saccadé, berceur et nerveux, soit le principe et la raison suprême de l'art du moderne « baroque », de l'impressionniste et expressionniste rubénien qu'est Hinrichsen. Par là, sans doute, par son culte pour Pierre-Paul Rubens, il a, depuis plus de vingt ans, requis l'attention, forcé la sympathie du Flamand qui lui rend ici témoignage et qui apprécie hautement son intransigeance, son appétit d'unité, de totalité.

Le mouvement de son esprit et de sa main crée ce rythme auquel nous venons de faire allusion comme à la qualité maitresse de son style, ce rythme qui anime le moindre de ses dessins, la plus foie touffue de ses compositions, et qui entraine en une sorte de tourbillon, de vertige, son oeuvre entière. La « torsion » que Delacroix s'efforçait de donner à ses figures, à ses arbres, à tous les éléments de ses grandes fugues picturales, Hinrichsen, instinctivement, la communique à ce qu'il appréhende; ce qui s'offre à ses yeux et ce qui hante sa mémoire, il le plie à sa fantaisie créatrice, il en fait des vagues, des flammes, des signes de son enthousiasme frémissant, de sa vitalité piaffante, de sa tendresse un peu brutale, de son amour qui s'adresse à tout le visible, à tout le vivant, à l'humain.

Quand il peint, il dessine avec la couleur. Et sa couleur, de même que sa forme, a sa valeur par elle-même, indépendamment de toute référence à la nature observée et analysée. L'orchestration des thèmes, des motifs, est suggérée, elle aussi, du dedans; elle est rythme de tons, mouvement de nuances et vibration de lumière. Lumière qui a son charme, ses attendrissements, ses caresses, mais aussi, dirait-on, ses colères, ses accès de rage. Lumière qui reste imprégnée des fraîcheurs impressionnistes, mais dont parfois les violences s'apparentent à celles de Van Gogh, de Soutine, les stridences à celles d'Ensor.

L'art de Kurt Hinrichsen ne parle pas, il chante, il crie; il explose en fulgurations dont on pourrait se demander si elles manifestent simplement la joie de peindre, la joie de vivre, ou si elles ne répondent pas à une espèce d'acharnement, de révolte contre la matière, contre la vie même, prosaïque et quotidienne, qu'il s'agirait à la fois de transcrire, de stigmatiser et de magnifier. Car enfin ces femmes de bar et de lieux douteux, ces danseuses se tortillant, ces dormeuses dépoitraillées, ces baigneuses aux chairs sans gloire, fausses grasses et fausses maigres, toutes en courbes, contre-courbes, exagérations de muscles, de croupes, de seins, Hinrichsen les juge sans doute aussi hideuses qu'admirables. Il semble chercher la beauté à travers la vulgarité, la laideur, et bien au delà.

C'est qu'il regarde ce que la nature lui propose, mais il en dispose à son gré, dans le souci de nourrir de réalité - caractéristique « baroque » encore - un art qui finalement, quasi exclusivement, vaille par son élan vital et qui, se soustrayant aux contingences du sujet, s'élève à sa propre « musique », à sa plénitude plastique, à sa splendeur incandescente, brasillante.

Toujours est-il que, si gratuites, si personnelles que soient son écriture et sa palette, liées à l'ardeur et à la richesse de son tempérament et de son être, jamais Hinrichsen n'a coupé le fil qui unit la peinture au monde extérieur ni celui qui rattache le « moderne » à l'art de toujours. Il est injuste à l'égard des maîtres d'hier, et il faut qu'un artiste ait de ces injustices, mais il se fortifie dans la compagnie de certains « anciens » dont il médite les exemples et dont il aspire, sans forfanterie, à continuer la famille.

Il fait l'effet d'un solitaire à quiconque ignore de quelles présences stimulantes et mystérieuses sa solitude est constamment peuplée et sur quels appuis se fonde son indépendance. Il y a, d'ailleurs, un contraste assez saisissant entre l'homme qui est réfléchi, réservé et même un peu raide, et l'oeuvre dont le bouillonnement, le fracas remplit l'atelier. Concevoir froidement et exécuter avec fougue : c'est le conseil que Delacroix se donne à lui-même, envieux qu'il est de la verve et de la « facilité » de Rubens. La correspondance d'Hinrichsen, toutes proportions gardées, est l'équivalent du Journal. Elle nous montre qu'il y a encore des peintres qui pensent leur art, qui seraient peut-être capables de le raisonner, mais qui, heureusement, cessent de raisonner au moment où se fait leur oeuvre, où l'inspiration les saisit et où, fût-ce en balbutiant, ils expriment ce qui, tout au fond de leur conscience, s'éveille pour les éblouir : leur « vision », autrement dit le gage, la sanction et la récompense de leur liberté intérieure.


Paul FIERENS

Source : préface du livre d'Adrien Chappuis consacré au peintre Kurt Hinrichsen. Editions J. Frion, 1954

 


 

Exposition

du 18 octobre au 31 décembre 2025

Ouvertures : samedi et dimanche

de 14h00 à 18h00

 

ENTRÉE LIBRE 

 

Oeuvres en vente de Kurt Hinrichsen

 


 

 

 

  

  

OSWALDO GUAYASAMIN

(1919-1999)

Oswaldo Guayasamín (Quito, 6 juillet 1919 - 10 mars 1999) est un artiste équatorien de la seconde moitié du XXe siècle, désigné comme un peintre expressionniste du réalisme social. Fortement inspiré par les arts sud-américains, il consacre une grande partie de sa vie à peindre la misère, l'exploitation, l'oppression, la dictature et le racisme. Il crée un portrait panaméricain des différences sociales et humaines.

Guayasamín est l'un des grands maîtres de l'art équatorien avec (entre autres) Eduardo Kingman, Enrique Tábara, Felix Arauz, Juan Villafuerte et Anibal Villacis.

Fils d'un père amérindien et d'une mère métisse, sa vocation artistique apparaît de façon précoce. Très jeune, il vend déjà ses peintures sur les places de Quito. Il entre en 1932 à l'école des beaux-arts bien que sa famille soit très humble et l'opposition de son père. Son ami Manjarrés meurt lors d'une manifestation d'ouvriers (connue sous le nom de la Guerra de los Cuatro Dias («Guerre des Quatre Jours»). À partir de ce jour-là, il verra l'homme et la société dans laquelle il vit de manière plus sombre.

Il organise sa première exposition en 1942, à l'âge de vingt-trois ans, dans sa ville natale. Nombre de ses toiles sont alors achetées par Nelson Rockefeller qui restera l'un de ses mécènes les plus importants. Cette même année, il voyage aux États-Unis et au Mexique. Dans ce dernier pays, il fait la connaissance du muraliste José Clemente Orozco, et devient l'un de ses disciples.

Les premiers tableaux figuratifs de Guayasamín traitent de thèmes sociaux. Il reçoit dans sa jeunesse de nombreux prix nationaux.

En 1948, il remporte le premier prix du Salon National (équatorien) des Aquarellistes et Dessinateurs.

En 1955, à l'âge de 36 ans, il gagne le premier prix à la troisième biennale d'Art Hispano-Américain de Barcelone pour son œuvre El ataud blanco.

Il entreprend des voyages et séjourne dans de nombreux pays d'Amérique du Sud, ce qui lui permet de dénoncer la situation déplorable de la population indigène.

En 1957, il est proclamé meilleur peintre sud-américain lors de la quatrième biennale de São Paulo. Plusieurs de ses sculptures monumentale en bronze sont réparties dans le monde entier, dont l'aigle-condor, une de ses dernières, conçue avec son neveu par alliance Roberto Lamaille, et exposée au Miami Center (en), en Floride.

En 1992 il reçoit le prix Eugenio Espejo, le plus grand prix accordé par le gouvernement d'Équateur. Il inaugure personnellement ses dernières expositions au Palais du Luxembourg à Paris, ainsi qu'au Palais des Glaces de Buenos Aires en 1995. Cette même année, il commence la dernière et plus importante de ses œuvres La Capilla del Hombre, musée d'art «en hommage à l'être humain», construit à Quito.

Oswaldo Guayasamín meurt d'une crise cardiaque le 10 mars 1999 à Baltimore, aux États-Unis, avant le terme de sa construction qui aura lieu en 2002. Le jour de sa mort est marqué par une grève générale menée par les Indiens et autres secteurs de la société de son pays : son décès est ressenti comme une immense perte en Équateur.

    

Son œuvre

L'œuvre de Guayasamín saisit avec force, l'oppression, le racisme, la pauvreté, et les inégalités qui frappent l'Amérique du Sud. Elle se compose de peintures sur cadres, fresques murales, sculptures et monuments.

Ces peintures murales de grand format reflètent l'influence des muralistes mexicains en particulier celle de José Clemente Orozco, mais également celle de Pablo Picasso. Certaines de ses peintures murales se trouvent à Quito, notamment au Palais du gouvernement, à l'Université centrale et au Conseil de la province, mais aussi à l'Aéroport Barajas de Madrid, au siège de l'UNESCO à Paris et au Parlement latino-américain de São Paulo.

Dans ses œuvres picturales, il joue sur les couleurs, les différentes luminosités, les ombres et les reliefs en adoptant des formes simplifiées. Il utilise de très grands formats. La thématique de ses peintures est presque toujours sociale. Il travaille beaucoup le portrait : il en exécutera plus de treize mille tout au long de sa carrière.

Il réalise les fresques de l'Université Centrale d'Équateur. L'œuvre du peintre avance toujours en parallèle avec ses propres expériences de vie.

Au cours de sa carrière, il expose dans la plupart des capitales d'Amérique du Nord et dans de nombreux pays européens: Leningrad (au Musée de l'Ermitage), Moscou, Prague, Rome, Madrid, Barcelone et Varsovie. Ses œuvres ont été exposées dans près de deux cents manifestations artistiques.

Trois grandes périodes

1. «El camino del llanto» («Le chemin des lamentations», Huacayñan en quechua), ensemble de cent trois tableaux, réalisés entre 1944 et 1945 ;

2. «La Edad de Ira» («L’Âge de la Colère») est un ensemble de cent cinquante tableaux exécutés sur une trentaine d’années, entre 1961 et 1990. Cette période montre l'angoisse et la douleur des indigènes des Andes, il dénonce aussi les conditions de vie des ouvriers dans les mines et plus généralement l'exploitation de l'homme par l'homme au travers des dictatures, génocides et autres agressions des pays puissants et impérialistes. Guayasamín travaille beaucoup par série, notamment la série des mains pendant cette période ;

3. «La Edad de la Ternura» («L'Âge de la Tendresse») est une période durant laquelle il travaille sur le lien maternel, la mère, la femme source de réconfort dans les épreuves et source de courage par sa résistance à l'humiliation : un hommage à toutes les mères du monde.

Un artiste en quête d'identité

Dans sa peinture et ses sculptures se retrouve souvent un hommage à l’histoire et à la splendeur de son pays. Ses origines amérindiennes et métisses, dont il est très fier, nourrissent son art de leurs racines profondes.

Au cours de ses voyages à travers toute l'Amérique du Sud, il apprend à mieux connaître l'histoire de ce continent et ses habitants, les amérindiens. Grand collectionneur, cette passion se voit dans ses tableaux où l'on distingue le style indigène.

Musée Guayasamin à Quito

Il fait construire un musée à Quito en partie pour aider à la recherche archéologique et pour favoriser la sauvegarde des œuvres indiennes. S'y trouvent des objets archéologiques de l'époque précolombienne et une impressionnante collection de crucifix. Cette collection d'art colonial de l'artiste est surtout constituée d'œuvres de l'école de Quito, ainsi que de quelques travaux de l'école de Cusco. Le style cuzquenien, assez naïf, se caractérise par l'intégration d'éléments symboliques indigènes dans des tableaux religieux chrétiens. Quant au style quitenien, il est plus «européen», mais contient néanmoins plusieurs détails typiquement andins (comme les joues roses des enfants Jésus - à cause de l'altitude -). On peut y admirer de nombreux Christs crucifiés (Écoles de Quito et de Cuenca), aux corps complètement meurtris, mais aux visages extrêmement doux.

La collection reflète la quête identitaire de Guayasamín et les nombreuses recherches de style qu'il a menées au cours de sa vie. Sa fondation-musée, à Quito, regroupe trois mille pièces, dont mille cinq cents exposées en permanence

Source : https://fr.wikipedia.org

 

 

  Oeuvres de Guayasamin en vente sur notre site 

 

 

 

 

 

EDMOND BILLE

(1878-1959)


Edmond Bille, peintre illustrateur et verrier suisse né le 24 janvier 1878 à Valangin (canton de Neuchâtel) et décédé le 8 mars 1959 à Sierre (Valais).

Edmond Bille passe une partie de son enfance à Dombresson (NE).

En 1892, à l'âge de 14 ans, il séjourne une année à Winterthour, où il est confronté à l’industrie et aux inégalités sociales.

En 1893 élève au gymnase scientifique à Neuchâtel, où enseigne notamment l’écrivain et critique d’art Philippe Godet

De 1895 à 1897 il s'inscrit à l’École des beaux-arts de Genève, où il est l’élève de Barthélemy Menn, et d'Hugues Bovy pour la classe de modelage.  Il y rencontre Edouard Vallet, et se lie avec Henri Demole.

Edouard Castres et Louis Dunki influencent sa peinture et ses l’illustrations militaires de l'époque.

D’octobre 1895 à mai 1896, fréquente l’Ecole des arts décoratifs de Paris, avec son colocataire Charles L’Eplattenier. Fait la connaissance d’Eugène Grasset et d’Ernest Biéler.

En 1896 il participe au concours pour l’affiche et pour la couverture du journal de l’Exposition nationale suisse. Publie et illustre son premier article: «Le vieux "couvent" à Dombresson» dans la revue Musée neuchâtelois.

En été visite l’Exposition nationale suisse à Genève; enthousiasme pour le Village suisse.

Second séjour à Paris entre Octobre 1896 et avril 1897 où il fréquente l'Atelier Julian, sous la direction de Benjamin Constant et de Jean-Paul Laurens.

A Paris il fréquente également l’Atelier Colarossi.

Eugène Grasset le persuade de rentrer en Suisse.

1897 :  Premier séjour en été dans le val d’Anniviers en compagnie de son père.

Renonce à rentrer à Paris en automne.

Deux anciens camarades de l’Atelier Julian, Jakob Herzog et Hans Widmer, l’invitent à partager leur chalet à Brienzwiler dans l’Oberland bernois où il y séjourne de septembre 1897 à mai 1898.

   

* Lettre d'Edmond Bille à sa mère (1897)


Cette lettre donne le ton de l’engagement artistique du jeune Edmond BILLE. Sa profession de foi et sa détermination expliquent l’authenticité de sa vocation. 

Brienzwyler, ce 18 nov. 1897

Ma chère Maman, cette fois c’est dans l’atelier que je t’écris ; il est terminé depuis midi et nous y serons la plupart du temps. Nous y travaillerons et nous y prendrons les repas depuis demain ; cet atelier est assez grand pour nous trois. Afin d’éviter les reflets du bois blanc nous avons verni au brou de noix les parois et le plafond et maintenant tout ce bois est d’une belle couleur brun chaud… Qu’il y a de belles choses à faire !

Je ne peux pas me figurer qu’il existe des gens qui ne veulent pas croire qu’on peut faire de l’art et apprendre quelque chose dans un petit village ; « après Paris, les ateliers et les professeurs, il n’y a plus rien » nous dit-on volontiers. Bêtise !

On ne fait des progrès, on travaille avec fruit que dans un milieu où l’on se plaît et où l’on se sent soutenu par tout ce que l’on a sous les yeux; j’aime notre nature grandiose, je la comprends et je voudrais la rendre comme je la sens.

Pour travailler dans ce but, ne suis-je pas mille fois mieux ici qu’à Paris ? Non pas que je croie qu’un peintre doit vivre sans cesse à Brienzwyler ou au Val-de-Ruz, il faut voir de temps en temps du nouveau, aller se retremper souvent vers les vieux maîtres qui nous apprennent tant de choses.

Je compte bien revoir le Louvre souvent ; j’espère faire quelques voyages, plus tard…

 

Premières commandes importantes

1898 : Signe sa première affiche, pour le Tir fédéral de 1898 à Neuchâtel.

Enseignant remplaçant de dessin au collège du Locle.

Rend visite à l’écrivain T. Combe. Publie sa première critique d’art, dans le National Suisse, sur le peintre Rudolf Koller.

Octobre 1898 à mars 1899, second séjour à Brienzwiler avec Hans Widmer.

1899 : Prend part pour la première fois aux expositions des sociétés des amis des arts de Neuchâtel (1899-1958) et de La Chaux-de-Fonds (1899-1948).

Participe également pour la première fois aux expositions collectives zurichoises du Künstlerhaus, avec deux peintures: Village suisse et Automne.

En automne, entre dans l’atelier du verrier, émailleur et mosaïste anglais Clement Heaton à Neuchâtel, qu’il quitte après quelques mois.

     

Val d'Anniviers / Les Plan-Pras - photo d'Edmond Bille datant de 1912 - Source : circuit Edmond Bille

   

Chandolin et le Val d'Anniviers

C’est à la fin 1899 que son destin va basculer avec la découverte du village de Chandolin, dans le Val d'Anniviers.

De décembre 1899 à février 1900, séjour à Chandolin pour y peindre une vue singulière du Cervin, Le Sphynx, commande du pasteur Fritz de Rougemont. Il habite à la cure chez le curé Joseph Pralong.

1900 : Présente le tableau Le temps des fenaisons dans la section suisse de l’Exposition universelle de Paris. Première participation à l’Exposition municipale de Genève (1900-1907).

1901: Membre de la Société des peintres et sculpteurs suisses. Participe pour la première fois à l’Exposition nationale suisse des beaux-arts (1901-1936).

Prononce une conférence sur «Les Hautes Alpes et leurs habitants».

Second séjour à Chandolin en hiver 1901/1902.

On le dit personnage turbulent, avant-gardiste, s’exprimant sans aucune gêne ; ce Neuchâtelois protestant surprit quelque peu les Valaisans conservateurs.

Il faut dire ici que notre peintre a tellement été séduit par la sauvage beauté des paysages valaisans qu’il se fixa définitivement dans ce canton.

C’est déjà en 1904, lors de son premier mariage, qu’Edmond BILLE s’installe à Sierre. Il y mourra le 8 mars 1959, âgé de quatre-vingt-deux ans ; la rue qui conduit à son atelier-château porte désormais son nom.

     

Le Valais, pays d'élection du peintre Edmond Bille

Dès 1904, à la suite de sa découverte de Chandolin, le Valais devient son pays d’élection : Bille se construit un une somptueuse demeure à Sierre, le « château du Paradou », ainsi qu’un chalet à Chandolin. Cette même année, il épouse Elisa Mayor, de Clarens; le couple s’installe à Sierre.

En 1911, Elisa Mayor meurt. Edmond Bille se remarie en 1912 avec une femme de la région, Catherine Tapparel.

En 1912, elle donne naissance à Stéphanie Bille, connue sous le nom de plume de S. Corinna Bille, ainsi qu'à René-Pierre Bille et André, décédé en 1985.

Pendant la Première Guerre mondiale, Bille est très actif. Il s’engage à travers des publications critiques sur la politique suisse de ce temps. Dans sa résidence sierroise, il reçoit des personnalités françaises antibellicistes, autrefois proches du groupe de l'Abbaye : Romain Rolland, Pierre Jean Jouve ou René Arcos.

Il est à l'origine de la création du périodique satirique L'Arbalète, éditée à Lausanne par La Tribune de Lausanne, entre juillet 1916 et décembre 1917 (soit 34 livraisons).

Durant l’entre-deux-guerres, il met cependant son activité de peintre de chevalet en veilleuse, au profit de la technique de la gravure qu'il a découverte, ainsi qu'à l'art du vitrail.

      

Au Portugal

Edmond Bille réside au Portugal de 1935 à 1942. Il utilise diverses techniques telles que la gouache, l'aquarelle et la gravure.

Il pratique aussi le vitrail et la mosaïque.

Son œuvre de peintre est montrée dans les plus importantes expositions de son temps, aussi bien dans les grands rendez-vous internationaux (Pittsburgh, Venise, Munich) que nationaux.

Il a participé à plus de 250 expositions au cours de sa vie.

De nombreuses institutions publiques conservent des œuvres d’Edmond Bille: notamment le Musée d’Art de Sion, qui possède la collection la plus complète, le Musée d’Art et d’Histoire de Neuchâtel, le Kunstmuseum de Soleure, le Musée d’Art et d’Histoire de Genève, le Musée Jenisch de Vevey, le Musée Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.

Un certain nombre des œuvres de ces musées sont des dépôts de la Confédération.

 

Caricaturiste et illustrateur 

En 1907, il illustre "Le Village dans la montagne" de Charles-Ferdinand Ramuz.

En 1915, il publie "Au pays de Tells", volume de dessins satiriques.

En 1916-1917, il lance "L'Arbalète" - revue satirique et pacificiste - avec Paul Budry, Victor Gottofrey, Charles Clément et Maurice Hayward.

En 1919 il publie un recueil d'estampes, "Une Danse macabre".

 

Les vitraux d'Edmond Bille

Il a créé les vitraux du déambulatoire de la cathédrale de Lausanne et en 1935 les vitraux et les peintures de l'église de Fully (VS) avec l'aide de Joseph Gautschi, Albert Chavaz (que Bille a engagé en 1934 pour un projet à l'église de Fully et Paul Monnier.

Entre 1950 et 1956, Edmond Bille signe la grande série de vitraux de la basilique de l'Abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune, qui illustre notamment des scènes du martyre de Maurice d'Agaune et de sa légion thébaine.

On trouve aussi ses vitraux dans d'autres églises, notamment à Sierre, Chamoson, Chandolin, Saint-Pierre de Clages, Saint-Blaise.

Il a également travaillé à la décoration murale de l'église de Fully.

Edmond Bille est reconnu comme l’un des meilleurs peintres et verriers de son temps. Décorateur d’églises, il laisse plus de cent-vingt fenêtres imagées dans la première moitié du XXe siècle.

* Histoire d'un tableau peint par Edmond Bille


« LE SPHINX », quelques lignes tirées de JEUNESSE D’UN PEINTRE, par lui-même :

«… pour Monsieur Frédéric de Rougemont, pasteur à Dombresson, les grandes cimes semblaient des sommets redoutables mais peu attirants, aussi c’était au Cervin qu’il revenait toujours. Ah ! le Sphinx, murmurait-il, l’étrange Sphinx de ces pyramides; il y en a de plus hautes, mais cette étonnante borne les écrase toutes. »

Ce matin-là, écrit Bille, M. de Rougemont et moi avons grimpé très haut et nous nous reposions, dans un paysage désertique, impressionnant comme un décor des premiers âges.

Mon vénérable compagnon se tourna vers moi : « tu vas me quitter tout à l’heure. J’ai une idée… quelque chose à te proposer. Tu en feras ce que tu voudras.

– Je vous écoute, dis-je, pressentant un sermon paternel…

– Edmond, je te propose de ne pas quitter cette vallée avant d’avoir vu Chandolin. Tu monteras à deux cents, trois cents mètres plus haut que les derniers aroles, au-dessus du village. De là, tu verras le Cervin, tel qu’il m’est apparu vers la fin d’un beau jour comme aujourd’hui. II ne ressemble à rien de ce que nous connaissons. Tu ne verras que lui ; c’est un sphinx accroupi au milieu d’un cirque de cimes et de glace, un roi des neiges. Prends ton temps. Essaie défaire un croquis de ce fond du Val d’Anniviers. Ce sera du jamais vu. Avant l’hiver, à ton retour, tu me feras voir ce que tu a rapporté de là-haut.

Il ne me restait plus qu’à tenir ma promesse, grimper à trois cents mètres, même un peu plus haut pour admirer ce fond de vallée qui avait fait vibrer le cœur de mon vieil ami et mécène. Je fis sans grand plaisir le croquis proposé.

« Le Sphinx » fut exposé selon le désir de son mécène. Il ne trouva pas d’amateur, ni pour dix mille francs, ni même pour les deux mille que j’eusse rendus avec joie à mon généreux prêteur. Par contre, le pasteur de Dombresson, qui m’avait fait partager sa passion pour le Sphinx vu de Chandolin, avait fait beaucoup plus et mieux que d’accepter le parrainage de cette première œuvre. D’un doigt paternel, il avait tracé ma voie, mais il ne se doutait pas alors que cette voie n’était autre que celle de ma destinée…

Edmond BILLE avait fait son instruction religieuse à Dombresson où son père dirigeait l’institution Borel; cela explique qu’il ait été catéchumène du pasteur de Rougemont.

 

* « LE VILLAGE DANS LA MONTAGNE »

Oeuvre conjointe de Charles-Ferdinand RAMUZ et d'Edmond BILLE

Lors d’un séjour à Chandolin durant l’hiver 1901-1902, Edmond Bille, déjà imprégné de la vie rude des montagnards valaisans, mûrit le projet d’illustrer le livre que lui écrirait un poète.

En automne 1906, Bille entre en relation avec l’éditeur lausannois Payot, ceci pour une parution sur le hautes Alpes. A partir de là, Bille dresse une liste des activités des gens de Chandolin, les tourmentes de l’hiver, les outils, les veillées ; il fixe un plan et envoie à Charles-Ferdinand Ramuz sa demande de collaboration.

Ramuz s’y intéresse et fait un bref séjour à Chandolin.

Durant l’été 1907, l’écrivain-poète s’est suffisamment pénétré de l’âme valaisanne pour accepter d’écrire conjointement aux dessins d’Edmond Bille pour leur livre Village dans la Montagne mais Ramuz ne doit pas écrire des légendes pour les illustrations de Bille et, de son côté Bille ne doit pas accompagner de dessins les pages écrites par Ramuz.

Par leur existence et leur esprit propre, leurs deux arts doivent se compléter. L’œuvre paraît en décembre 1908.

L’accueil est favorable. Les critiques insistent sur la complémentarité du texte et de l’image, précisant combien l’un et l’autre ont leur existence propre ; Bille et Ramuz ont réussi leur collaboration. 

 

Le Paradou **


Construit en 1905 entre Glarey et Borzuat, le château du Paradou d'Edmond Bille possède un mystérieux atelier prenant la forme d'une chapelle. C'est dans cet espace que le peintre et verrier a réalisé la plus grande partie de son art d'église.

Impossible de le rater. Il trône là-haut avec son air majestueux, contemplant à travers le regard de ses arcades la ville de Sierre et le val d'Anniviers. Bâti en 1905 par le peintre et verrier Edmond Bille, le château dal Paradou attise depuis lors la curiosité et la fascination des passants.

 

Un atelier décoré du sol au plafond

Dans la région, rares sont ceux qui ont pu arpenter les dédales de cette demeure de seize pièces, située entre Glarey et Borzuat. Rares sont aussi ceux qui savent que l'artiste y a fait construire un mystérieux atelier prenant la forme d'une chapelle, avec sa nef, son choeur, sa tribune et ses voûtes.

Selon les spécialistes, cette pièce dont l'aspect originel a été préservé au fil des décennies constitue le coeur du château. C'est notamment l'avis de Bernard Wyder, historien de Part et auteur en 2008 de l'ouvrage «Edmond Bille, une biographie». «C'est dans cet atelier, décoré du sol au plafond avec des mosaïques et peintures, qu'Edmond Bille a donné vie à la majeure partie de son art.»

A entendre l'expert, certaines de ses œuvres peuvent encore y être observées. «Deux des vitraux de l'atelier sont signés Bille. Il pourrait s'agir des premiers essais de son apprentissage à la technique du vitrail.

 

Illustration de la sacralité de l'art

Professeur honoraire de l'Université de Lausanne, Gaëtan Cassina a lui aussi pu découvrir l'atelier de ses propres yeux, notamment lors des journées européennes du patrimoine de 2016. L'historien explique que la lumière pénètre dans cet espace via une verrière installée sur la toiture. «L'atelier a été placé dans la partie nord du château, ce qui permettait au «maître des lieux de travailler avec une lumière régulière tout au long de la journée.»

Historienne de l'art pour le Service immobilier et patrimoine, Sophie Providolli ajoute que du marbre de Saillon a été utilisé dans la construction de l'atelier. «L'architecture et le décor de cette pièce sont particulièrement riches.»

Quant à la raison qui aura poussé Edmond Bille à s'inspirer de l'architecture religieuse pour créer son atelier, elle reste un mystère aux yeux des experts. Pour Bernard Wyder, il faut y voir «l'illustration concrète de l'idée de sacralité de Part, chère au peintre».

«La folie d'un jeune homme»

D'abord utilisé exclusivement par l'artiste, le château s'est progressivement agrandi pour devenir en 1919 une maison d'habitation de la famille Bile. Enfants de René-Pierre, petits-enfants d'Edmond, Geneviève Grandjean-Bille et Nicolas Bille y ont passé toute leur jeunesse, entre la fin des années 50 et les années 80.Ils se souviennent d'une maison «hors du temps, qui inspirait à la rêverie». Leur tante, l'écrivaine Corinna Bille, y revenait régulièrement avec son époux Maurice Chappaz.

«Le Paradou et ses jardins sont évoqués à plusieurs reprises dans ses écrits», explique Geneviève Grandjean-Bille. Elle voit en l'imposante demeure de son grand-père «la folie d'un jeune homme qui, arrivé à Sierre à 27 ans, avait l'ambition de mettre de l'art dans tous les recoins de la bâtisse».

Jouve, Rolland et Ramuz y sont passés

D'autres grands noms de la scène culturelle de l'époque sot également passés par le Paradou, parmi lesquels les écrivains Pierre Jean Jouve, Romain Rolland et Charles Ferdinand Ramuz.

«Notre grand-père aimait recevoir», note Nicolas Bille. Et d'ajouter que le maitre des lieux avait un goût prononcé pour la mise en scène. «Des photos montrent Edmond en train de marcher dam le promenoir du château vêtu d'un habit de moine. Ce choix de vêtement se trouvait en accord avec le style architectural d'inspiration religieuse de la bâtisse. Nous savons également qu'il lui arrivait d'organiser de grandes fêtes costumées à l'attention de ses enfants.»

Les génération Bille se sont succédé au Paradou jusqu'en 2009, année à laquelle le château fut vendu à un couple azéri-russe. Il a récemment été remis en vente. Aujourd'hui, et malgré des travaux de rénovation entrepris ces dernières années, la demeure conserve encore son aura d'antan.

 

 ** Source : Le nouvelliste - 9 septembre 2020, Laurent Bagnoud

 * Source : https://www.sngenealogie.ch/

 

 

 

 

 

 

LUCIEN GROUNAUER

(1906-1997)

 

« Réalité poétique »

Du 28 août au 25 octobre 2026

 

Lucien Grounauer "Maroc" - 1973

 

Né dans une famille de cabinotiers* installée à Genève depuis plusieurs générations, Lucien Grounauer est âgé de 10 ans, quand à la suite de diverses circonstances professionnelles, son père décide de se fixer au Locle avec sa famille.

Les premières études terminées, il fera un séjour fructueux à l'Académie Loup de Lausanne, avant de passer à l'Ecole des Beaux-Arts de Genève, dont il ne garde aucun souvenir - Pignolat, Alfred Martin, Louis Gaud n'y étaient plus -.

Dans la liberté d'esprit la plus totale, ce sont alors des voyages pour découvrir les "grands" de tous les temps dans les musées de Belgique, d'Italie, de France et de Paris surtout.

C'est en 1931 que trois toiles du peintre sont acceptées par le jury de l'Exposition nationale qui a lieu à Genève: son oeuvre "Les soucis" ne laisse pas la critique indifférente.

Par la suite, diverses expositions se suivent à Paris, Neuchâtel, Genève, Winterthur.

Cette peinture faite de paysages et de portraits essentiellement - il fait une carrière de portraitiste pendant 15 ans - ne connait ni l'influence du cubisme, ni celle du fauvisme pas plus que l'abstraction.

Le peintre Renoir restera un grand exemple pour Grounauer; il travaille sans se préoccuper d'une certaine critique qui ne comprend pas très bien, dans le bouillonnement des recherches contemporaines, cette fidélité à l'impressionnisme.

Et pourtant ! Se souvient-on qu'au lendemain de 1918 déjà, les mêmes reproches s'adressaient à Dunoyer de Segonzac, Luc-Albert Moreau et Boussingault ?

Or, en 1945, sous le signe de Bonnard, c'est le même phénomène qui se reproduit avec Brianchon, Planson, Legueult. C'est à cette tendance que pourrait être rattaché Lucien Grounauer : la réalité poétique.

La forme est souple et sensible, la lumière joue avec délicatesse sur les objets, la touche garde tout son pouvoir de séduction. Poésie des choses, joie de vivre et de créer, la peinture de Grounauer, à travers et malgré les années grises (1939-1945 ndlr), sans y être insensible, n'a jamais voulu exprimer autre chose.

 

* Un cabinotier est, historiquement, un ouvrier horloger genevois spécialisé du XVIIIe et XIXe siècle, travaillant à son compte dans un petit atelier nommé « cabinot », situé sous les toits pour bénéficier de la lumière naturelle. Ces artisans hautement qualifiés étaient connus pour leur savoir-faire exceptionnel, fabriquant des montres complexes, et sont aujourd'hui considérés comme les pionniers de la Haute Horlogerie

 Exposition Lucien Grounauer à la Galerie des Amis des arts

M. Alex-Billeter excusa tout d'abord l'absence de M. Jean-Paul Robert, président de la société, puis M. Aurèle Cattin prit la parole.

On ne présente pas Lucien Grounauer, dit-il, à un public de Neuchâtelois, et par surcroît de connaisseurs, tant sa peinture est connue et appréciée. 

Grounauer est, il a été et il reste notre meilleur portraitiste ; s'il n'y a ici qu'un unique portrait de jeune fille bien moderne, c'est que les acquéreurs gardent jalousement ces portraits, qui sont ceux d'enfants, d'adolescents, de femmes, de personnalités diverses de la société neuchâteloise. 

Grounauer est ensuite un extraordinaire paysagiste. Voici ses fameux paysages de neige avec leurs étendues soufflées par la bise, ces villes hivernales où les rues silencieuses sont emprisonnées entre leurs remblais glacés.

Passons à des saisons plus clémentes : voici Neuchâtel, son port, ses voiliers, ses coteaux aux vues plongeantes; voici le lac de Morat et le Vully en fleurs.

Voici le Midi avec ses campagnes blondes, ses plages bariolées, sa végétation luxuriante, ses femmes nues dorant leur beauté au soleil des plages.

Paris nous offre un aspect inattendu : la place de la Concorde sous un ciel jaune pâle. Les paysage d'Espagne chantent sous la fixité da la chaleur qui eclate de partout. 

Voici la Bretagne avec ses ciels pommelés. Autre face de ce riche talent : les natures mortes, bouquets sécrétant d'invisibles parfums.

Le secret de la joie de vivre

Faut-il souhaiter, demande M. Cattin, qu'un tel peintre se mette la mode du jour et qu'il se lance dans le non-figuratif ? Non. Que faux chefs-d'œuvre cache notre peinture moderne !

II est beau de voir un artiste chanter la possession physique du monde en sacralisant le visible avec talent, sagesse, amour et poésie.

Dans un cadre moulé au gré de la sensibilité, ce que Lucien Grounauer nous révèle, c'est le secret de la joie de vivre.

A ces considérations si justes et si nuancées de M. Aurèle Cattin, il n'y a rien d'essentiel à ajouter, tant il a bien défini le climat esthétique où s'est élaboré l'art de Grounauer. Peut-être y aurait-il lieu simplement de chercher par quels chemins le peintre s'est élevé à une vision aussi pure et aussi raffinée.

Si le peintre abstrait court le risque de succomber l'esprit de système, le peintre figuratif est exposé au danger de voir le pittoresque du réel noyer la vision esthétique et le détail l'emporter sur l'ensemble.

A l'oeuvre qui est une simple prise de vue, enregistrant la multiplicité plus ou moins arbitraire du spectacle de la vie, Grounauer, par une ascèse eshétique consciente, tend à substituer une vision savamment structurée, qui va s'élever jusqu'à la spontanéité pure, à la vibration exquise d'une ivresse délicieuse et raffinée.

Trois voies bien distinctes

Cette élaboration, celte recherche épouse trois voies bien distinctes, qui sont autant d'aboutissements. Il y a le paysage hivernal où les ciels brouillés répondent aux étendues enneigées parcourues de petits traits foncés, piquets, troncs d'arbres ou branchages, qui figurent là comme des portées avec leurs noires, leurs croches et leurs doubles croches. Signe de réussite : la chaleur de ces paysages hivernaux.

Le paysage d'été présente en générel un premier plan d'arbustes, explosion de sève, exubérance et orgie de couleurs, se profilant sur le bleu sombre, intense et profond de la mer ; c'est un hymne délirant, mais toujours très bien ordonné, à la beauté insensée de la nature.

Enfin, ce sont les nus d'une grandes pureté, où la chair, diaphane et extasiée, se fait attente et contemplation. Ici, une jeune femme se dresse face un rocher dont la dureté fait ressortir par contraste la fragilité tendre et grave de sa chair. Ailleurs, dans une œuvre intitulée "Sur la plage", face au sable et à la mer, deux corps se présentent à nous triomphalement : l'un, couché, qui dit le plaisir du repos et de la détente ; l'autre, dressé, dont le regard, projeté vers te lointain, reflète un rêve empreint de grandeur et de mélancolie

P.-L. B.

Source : article présentant une exposition de Lucien Grounauer à la Galerie des Amis des arts

 


 

«Liliane Méautis» tableau de Lucien Grounauer  - 65 cm x 55,5 cm - 1939

Lucien Grounauer

S'il est un artiste neuchâtelois à qui l'on peut accoler l'épithète de brio, c'est bien Lucien Grounauer.

Né au Locle en 1906, il choisit, dès la sortie de l'école, la voie de la peinture, négligeant l'avis de ses maîtres qui voulaient en faire un gymnasien.

A Lausanne, il suit les cours de l'Académie Loup, puis à Genève, l'Ecole des beaux-arts qui, selon ses dires, ne lui apporte rien. Grounauer, voulant travailler sur le tas, part pour Paris où il préfère le contact des écrivains et des journalistes à celui des artistes.

Aspirant au calme, au travail régulier, il revient dans sa ville natale, produit portraits et natures mortes, s'essaie à toutes les techniques... bref, complète un apprentissage qui fait de lui un peintre polyvalent, tant dans les sujets que dans les genres abordés.

Grounauer fait les décors de manifestations théâtrales et sportives, crée des affiches, illustre de lithographies certains ouvrages, tel «Le salut à mon pays» de Jules Baillods (1949), et peint une série de cinq fresques à l'usine Dixi.

Doué d'un beau tempérament, d'un métier sûr, Grounauer, dans un premier temps, produit des toiles denses, sobres, relativement peu colorées et généralement vouées au monde des humbles. De cette époque date La femme accoudée, L'apprenti, L'éplucheuse de légumes, un grand Maréchal ferrant ou encore une Pieta, qui doit davantage à l'humain qu'au religieux.

C'est dans cette veine que s'inscrit l'étonnant Chômage (musée du Locle), toile poignante et engagée où il est piquant de voir un peintre, réputé plus tard de «mondain», être pratiquement le seul à évoquer ainsi le phénomène social de la crise de 29 et d'arriver à en traduire l'angoisse avec une évidente économie de moyens.

Dès les années trente, Grounauer expose sur le plan national, de même qu'à l'étranger, présent par exemple au Salon des artistes français. C'est également le début d'une série de portraits qui font de lui un des grands spécialistes du genre, avec des réussites incontestables: Léon Savary, Hans-E. Bühler, industriel de Winterthour et grand collectionneur de Géricault, le chirurgien Grounauer (oncle de l'artiste), le conseiller fédéral Max Petitpierre. Ces oeuvres sont caractérisées par un climat intime, cernant la personnalité du modèle qui, par la vie même que lui confère le peintre, prend contact avec le spectateur dans un contexte de monumentalité.

Côté féminin, Grounauer cède au charme et parfois à la mondanité; mais il peut se montrer d'une criante vérité, comme dans le beau portrait de Liliane Méautis.

Avec les années, la peinture de Grounauer se colore. Touchant à de multiples sujets, il produit des nus somptueux, des natures mortes lumineuses, notamment de fleurs. Enfin, il consacre une part importante de son activité au paysage, traitant avec truculence les rives du lac, la nature luxuriante du Midi et les villes marocaines.

Du Jura, il laisse de superbes paysages hivernaux, rendant avec verve et, paradoxalement, avec charme la rigueur du climat, la sensation du froid, l'inconfort de l'humidité.

Gérald Comtesse (Texte extrait de son livre "Les peintres neuchâtelois")

 


 

Exposition au Grand salon des Annonciades:

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Du 28 août au 25 octobre 2026

   

 

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