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ROGER TISSOT (1939-2009)
Peintre jurassien Né en 1939 à Moutier, décédé à Moutier en 2009. Le décès prématuré de son père l'ayant empêché d'entreprendre des études à la Gewerbeschule à Bâle, il effectue un apprentissage de peintre en bâtiment (1954-1958), tout en se spécialisant dans la décoration. 1956 : Harmoniciste soliste au sein d'un quartette d'harmonicas (titre de "champion du monde" en 1967) Oeuvres de Roger Tissot en vente sur notre site
Expositions 1967 : Première exposition personnelle, Bévilard (BE)
Les toiles proposées par Roger Tissot retracent le chemin de sa vie. Une vie consacrée à la peinture, au goût, à l’émotion, à la création, à l’imaginaire, à l’Art donc, juste à l’Art, et donc à l’Eternité… Et d’Art, nous en sommes friands, tant nos murs enorgueillis de quelques toiles nous racontent encore un peu mieux le monde que nous rêvons, celui que nous faisons naître pour palier à celui que nous vivons. Peindre pour vivre, peindre par essence de Vie, peindre pour ceux qui vivent, c’est ce que Roger a toujours fait. D’un côté la passion, comme une source de jouvence à laquelle il faut pouvoir boire chaque jour. De l’autre la découverte, tel l’aveu d’un monde que l’artiste nous propose, qu’il soumet à la résonnance de nos sens. D’un côté comme de l’autre, tout est fait pour le bien, pour le mieux. Certains artistes dénoncent, critiquent, soulignent, surlignent, s’opposent, innovent, brisent, provoquent… D’autres proposent, invitent, accompagnent, ouvrent, imaginent, rêvent. Probablement Roger appartient-il à ceux-là, définitivement. Il montre ce qu’il aime et nous propose d’aimer ce qu’il montre. Nul besoin de longues explications pour entrer dans ses toiles, les portes en sont grandes ouvertes et nous amènent à découvrir un univers de fantasmes aussi infini qu’il peut l’être en notre for intérieur. Laissons simplement les toiles résonner en nous, elles nous dévoileront celle ou celui que nous sommes. Utilisons sa peinture comme une proposition, comme un vecteur vers des mondes qui nous appartiennent mais dont nous ignorions peut-être l’existence jusqu’alors. La peinture de Roger a toujours été faite pour les yeux qui la regardent, les siens d’abord, les nôtres ensuite. Profitons-en sans modération, au regard des belles choses l’âme ne peut que s’embellir à son tour. Alain Tissot
Oeuvres de Roger Tissot en vente sur note site
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Laurent Boillat (1911-1985) sculpteur - graveur
Né à Tramelan le 17 avril 1911. Décédé à Delémont le 11 mars 1985. Sculpteur et graveur, il laisse plus de 1000 oeuvres (quelque 700 gravures et 300 sculptures). Ecoles primaire et secondaire à Tramelan puis école normale à Porrentruy (dès 1927). Instituteur à Tramelan de 1934 à 1963 puis professeur de dessin au Collège de Delémont. Formation pour le dessin et la peinture avec Willi Nicolet, à Porrentruy, pour la sculpture avec Zadkine et Elia, à Paris. Exposition dans le Jura, en Suisse et à l'étranger. Plusieurs premiers prix de sculpture : à San Remo (1970), à Lyon (1973) et à Nice. Prix Fondation Bertrand Russell, Londres. Auteur de plusieurs suites de gravures sur les coutumes, cités et paysages jurassiens. A illustré, notamment en gravures sur bois, de nombreux livres dont : - Prométhée et Epiméthée de Spitteler, 2e prix au concours d'illustration du Livre, 1943 Sculptures et décorations murales dans des églises, des écoles et chez des particuliers dont, à Tramelan : - graffites à l'école secondaire, 1951 Il fut l'un des fondateurs de la Société des peintres et sculpteurs jurassiens (SPSJ). Engagé au sein de la Société littéraire et artistique de Tramelan dont il fut l'un des présidents. Il y fonde la sous-section artistique qui sera à l'origine de la création des «Salons jurassiens des beaux-arts» à Tramelan dès 1934. En 1938, il est l'un des fondateurs de la «Revue Transjurane». En 2011, lors de l'anniversaire de sa naissance, la Société jurassienne d'Emulation lui consacre une monographie (dans la collection L'Art en oeuvre, sortie en septembre 2011) alors que le Musée de l'Hôtel-Dieu à Porrentruy lui consacre une rétrospective. Laurent Boillat disait: "Je suis un faiseur d'images" Sources: Dictionnaire du Jura & Portrait du graveur et sculpteur Laurent Boillat (une interview d' Anne Schild, conservatrice du Musée de l'Hôtel-Dieu à Porrentruy par la radio Fréquence Jura, RFJ, avril 2014)
Autres textes concernant Laurent Boillat: - Laurent Boillat - "L'art en oeuvre"; préface de Michel Girardin (Société jurassienne d'émulation - 2011) - Biographie et liste des oeuvres exposées dans l'espace public (Société jurassienne d'émulation - 2011) - Liste d'une centaine de bois gravés de Laurent Boillat conservés à mémoires d'ici, à Saint-imier (non rayés)
Oeuvres de Laurent-Boillat en vente sur notre site
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GEORGES TRINCOT (1921-2005)
La poésie vivante Oui, celle du chantre au long souffle de la race chevaline. Dont on ne se lasse pas ses aspects les plus variés et tellement idylliques. Sociétaire du Salon des Indépendants de Paris, lauréat du Prix "signatures", médaille d'Arts, Sciences et Lettres, Officier du Mérite culturel et artistique, Georges TRINCOT est né le 14 mars 1921. Trincot a exposé notamment à New-York, Bruxelles, Luxembourg, Monte-Carlo, Cannes (au Canton), à Paris (galerie des Champs-Élysées), en Allemagne et en Suisse. Fruit d'une profonde exigence, la peinture de Georges TRINCOT témoigne d'un intense besoin d'échange. Son voeu continuel est d'intensifier l'irradiante lumière de l'aspect magique des couleurs. Au point qu'on a pu écrire : "si le cheval est la plus belle conquête de l'homme, TRINCOT, lui, est la plus belle conquête du cheval..." Au cours du mûrissement d'une certaine peinture classique, il a connu une période abstraite le conduisant vers la totale maîtrise de ses possibilités picturales, en échappant aux contraintes stériles, et se traduisant par la libération de son propre dynamisme avec projection des visions intérieurs. Gérard Denzot - "La cote des artistes", 1989 Georges Trincot est sociétaire du Salon des Indépendants de Paris, lauréat du Prix "signatures", médaille d’Arts, Sciences et Lettres, Officier du Mérite culturel et artistique.
« La peinture informelle m’a libéré car elle m’a offert la liberté totale dans l’application des couleurs. Quelle grande école que celle de la liberté ! Cette école est aussi importante que l’école des contraintes. C’est alors qu’il m’est apparu la nécessité de corriger la contrainte par la liberté et la liberté par la contrainte. J’ai donc décidé de créer mon propre univers : une peinture figurative habitée par des espaces abstraits. Les chevaux sont arrivés dans un galop élégant et se sont intégrés sans aucun problème au champ abstrait que j’ai ouvert devant eux. Ils ont mêlé leur grâce aux fresques abstraites que je peignais. » Georges Trincot, 1996 "Ma passion pour le cheval" Lettre manuscrite de Georges Trincot ( "Casaque d'Azur", 1977) Couleur et lumière, deux éléments majeurs dans l'oeuvre de Georges Trincot ("Vision sur les Arts", 1990)
Liste des principales expositions de Georges Trincot
Colmar Salle Roesselmann 2002 et 2003
Oeuvres de Georges Trincot en vente sur notre site
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JEAN-FRANÇOIS COMMENT
DU FIGURATIF AU NON FIGURATIF

Pour marquer le centième anniversaire de la naissance de Jean-François Comment, la galerie des Annonciades à St-Ursanne organise une exposition-ventes d'oeuvres figuratives et non figuratives de ce peintre.
Jean-François Comment, Gérard Bregnard, Coghuf et André Bréchet, ont marqué la vie artistique du nouveau canton du Jura. Leurs oeuvres ont apporté une ouverture culturelle considérable au canton du Jura.

Jean-François Comment
Jean-François Comment est un artiste peintre jurassien né en 1919 à Porrentruy; décédé dans la même ville en 2002.
Jean-François Comment obtient son baccalauréat à Porrentruy puis, de 1938 à 1944, il étudie à Bâle, à l’Université et aux Beaux-Arts (diplôme d'enseignement du dessin). En 1945, il est de retour dans sa ville natale qu’il ne va plus quitter.
En 1950, il est cofondateur de l’Institut jurassien des sciences, des lettres et des arts.
Il a été membre fondateur du « Kreis 48 » à Bâle, a fait de nombreux voyages et de nombreuses expositions, en Suisse, en Italie, en Grèce et au Japon.
Il a réalisé des oeuvres de chevalet, des fresques, une mosaïque, six lithographies pour Liberté d'Alexandre Voisard et de nombreux vitraux dans le Jura, à Münchenstein et à Genève.
On lui doit notamment les vitraux de la chapelle de l’Hôpital de Porrentruy (1959), de l’église de Courgenay (1965 et 1967), de la chapelle de la maison des soeurs de l’Hôpital de Porrentruy (1975), de l’église catholique de Malleray (1982), de la chapelle du Foyer pour personnes âgés du district de Porrentruy, à St-Ursanne (1983), de l’église paroissiale St-Pierre de Porrentruy (1984 et 1985).
Jean-François Comment a obtenu la bourse fédérale des beaux-arts (1952, 1955 et 1956) et la bourse Kiefer-Hablitzel (1953).
En 1986, il a obtenu le Prix des Arts, des Lettres et des Sciences de la République et canton du Jura.
Oeuvres de J-F Comment en vente sur notre site

JEAN-FRANÇOIS COMMENT
Texte de Marcel Joray datant de 1954
Passé le baccalauréat, une seule voie s’ouvrait à vous, irrésistiblement: celle de la peinture. Votre père, notaire, tenta de concilier vos goûts avec la nécessité de vous assurer l’existence matérielle. Vous irez donc à l’école des Beaux-Arts de Bâle pour y conquérir un brevet de professeur de dessin et d’histoire de l’art. Puis, en fils désobéissant, vous ne tirerez point parti d’un beau diplôme, vous n’enseignerez pas, vous n’en ferez qu’à votre tête: peindre, peindre pour soi, avec un enthousiasme naturel que vous avait heureusement conservé Arnold Fiechter, le grand professeur chez qui tant de vocations artistiques s’épanouirent.
Vous étiez de cette classe récalcitrante qui constituera plus tard le «Cercle 48», un groupe lié par l’amitié et non par un crédo artistique et qui allait s’opposer à un certain art officiel, aux goûts du grand public aussi. Allez réussir avec ça !
Né à Porrentruy le 3 août 1919, vous avez donc trente-cinq ans. Peut-on déjà parler valablement d’une œuvre alors que l’essentiel n’en a sans doute pas encore été peint? Trente-cinq ans, c’est l’âge auquel Gauguin commence sa carrière; c’est presque celui où d’autres vies s’achèvent: Raphaël, Van Gogh, Toulouse-Lautrec meurent à trente-sept ans et Modigliani à trente-six, laissant inachevée leur œuvre. Mais quelle œuvre ! Quand un peintre est grand, il l’est dès ses débuts; ses contemporains seuls ne s’en aperçoivent pas.
Dans votre ville vous ne passez aux yeux de vos concitoyens - une élite exceptée - que pour un original rêveur. Tant mieux, c’est un gage de valeur. Vous n’avez rien fait, d’ailleurs, pour épater le bourgeois, mais tout pour l’éloigner. Vous vivez dans le monde de la sensibilité, si étranger au monde des intellectuels qui vous entourent. Et leurs questions sont vaines, parce qu’ils voudraient comprendre où il n’y a rien à comprendre, où il faut sentir seulement. Leurs questions vous agacent: «Quand donc viendra le jour où on ne nous demandera plus ce que nous avons voulu dire avec notre musique ?», écrivait Schumann. «Je veux faire une peinture devant laquelle on reste sans idées»,dit Braque, qui ajoute: «Il n’est en art qu’une chose valable, celle qu’on ne peut expliquer».

Composition datée 1946-1947
Faut-il le recul du temps pour apprécier une œuvre d’art ? Peut-être, mais pas nécessairement. Si d’innombrables chefs-d’œuvre furent ignorés du vivant de leurs auteurs, combien d’autres ont été reconnus d’emblée. Pourquoi nous dénierait-on le droit de juger dans l’immédiat ? Il doit être possible de savoir dès maintenant que votre œuvre a une valeur, sinon d’en déterminer toutes les forces et toutes les faiblesses. Nous voulons juger sur le vif et vous reconnaître dans le présent déjà. Et vous aussi vous devez le désirer tout comme Jean-Paul Sartre: «Nous ne souhaitons pas gagner notre procès en appel, et nous n’avons que faire d’une réhabilitation posthume: c’est ici même et de notre vivant que les procès se gagnent et se perdent».
Mais comment juger ? Au nom de quoi ? Y a-t-il une esthétique ? Les tendances actuelles de l’art s’accordent-elles sur des principes essentiels, sur un seul principe essentiel? Les artistes n’ont-ils pas des langages sans commune mesure ? Ne sont-ils pas le plus souvent en désaccord, en contradiction, en rupture ? La marque de l’histoire de l’art, comme celle de tout ce qui vit, c’est l’irréversibilité; le contraire signifierait stagnation, immobilisme, ou recul et dégénérescence.
Si nous avions à vous juger, nous ne voudrions pas d’une critique objective - impossible - nous voudrions tout au contraire une critique passionnée, comme la réclamait Baudelaire, «faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons». Mais nous savons toute la vanité des jugements d’ordre artistique. Dégagés des tabous et des préjugés, nous voulons plutôt sentir et nous enthousiasmer, nous refaire une âme primitive et réapprendre à nous émerveiller comme l’enfant. Mais il ne suffit pas d’admirer: il faut prendre parti.
L’an dernier encore votre «appartement» ne comprenait que deux pièces. La plus petite tenait lieu tout à la fois de chambre à coucher, de salle à manger, de bibliothèque et mesurait bien dix mètres carrés. Dans l’autre, grande, un angle était réservé à la cuisine où votre femme, une charmante Française, faisait le moins de bruit possible avec ses casseroles. Tout le reste formait l’atelier, encombré de tableaux terminés. Vous n’aviez encore que peu vendu. Il y a une solitude de l’artiste. Vous acceptiez le sort matériel médiocre du créateur avec beaucoup de philosophie. Puisqu’il y a trop de toiles dans l’atelier, tant pis, on en fera d’autres, avec obstination. Avec l’obstination de ceux qui ont quelque chose à dire.
Loin de tout académisme, vous apportez votre message; un message sincère dont le temps dira s’il est durable.
Vous ignorez sans doute vous-même quels maîtres de la peinture vous ont influencé. Nous ne voulons pas le savoir non plus, car il ne faut pas que l’artiste soit diminué de ses sources. Que vous ayez subi des influences, c’est indéniable: le peintre participe à une certaine conscience commune aux artistes de son temps. Si nous pensons à la géniale palette de Rouault, devant vos Filles, cette peinture reste pourtant du Comment, et du meilleur. Les filles furent un de vos sujets favoris, dont le réalisme éloigne encore de vous ceux qui ignorent que la peinture ne doit pas être mêlée de prédication. Peu importe le sujet d’ailleurs (depuis longtemps sans importance): on n’en est plus à protester parce qu’un Vuillard a peint «Le bocal de cornichons». Vous avez donc été discuté, mais comme dit un poète: «Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience».

Vos œuvres du début sont des paysages inspirés directement par la nature d’Ajoie; ils n’ont rien cependant de la peinture régionale. C’est une peinture naturaliste, avec un brin de romantisme d’influence bâloise, et pourtant toute votre personnalité transparaît dans les Maisons d’Ajoie (1948), par l’audace de la façade blanche, la vitalité des arbres, l’agitation du ciel gris vert.
Déjà votre Danseuse échappe au conformisme de la vision optique. Depuis longtemps le relief n’est plus le souci majeur des peintres, ni le vôtre. Sans donner aucun modelé à votre personnage, vous l’avez subtilement campé dans un espace dépourvu de perspective où les deux pans vert et rouge marquent la profondeur. La vigoureuse brutalité des fonds de couleurs vives accentue la grâce mouvante de la danseuse.
Si l’homme a besoin de couleur pour vivre (selon le mot de Fernand Léger qui l’a si bien prouvé, tout près de chez vous, dans ses vitraux d’Audincourt et de Courfaivre que vous admirez) il doit aimer le Nu rouge, éclatant de couleur et réaliste encore, ou la Nappe rouge, plus osée de conception: dans la pesanteur de la couleur, la vie fait irruption sous la forme d’un chat sans poids, à peine esquissé par quelques traits de pinceau. Il y a là les tonalités ardentes et endiablées du puissant coloriste que vous êtes avant tout. Inutile de vouloir chercher les lois de votre magie: on sent bien que c’est d’instinct que vous placez les chaudes harmonies de vos prestigieuses couleurs.
Dès 1949 vous avez voyagé. Le Midi surtout vous attire et vous en rapportez de vigoureuses et sensibles aquarelles, toujours achevées, des gouaches d’une souveraine aisance. Vous êtes fasciné par les ports méditerranéens où vous recherchez les rudes silhouettes des pêcheurs et les grosses marchandes de poissons. Mais les sujets, librement traités, ne sont plus que prétextes. Un besoin d’éloignement de la nature, sensible déjà dans La Nappe rouge, va s’accentuant depuis deux ou trois ans. Dans les nombreuses versions de la Marchande de poissons ou du Marché couvert, vous évoluez vers l’abstraction.
De plus en plus l’espace est ramené dans un plan et la perspective linéaire disparaît pour ne laisser subsister que celle des plans successifs donnés par la couleur. L’espace se subordonne au plan et c’est dans le plan que s’inscrivent gens et choses, là que se passe l’action.
Vous maîtrisez les grands formats, car vous savez organiser vos toiles par une géométrie peut-être étudiée, mais qu’on ne devine pas. Sans doute votre art plein de sève n’a-t-il guère besoin de tant de règles d’or et autres recettes scientifiques qui ne conduiraient qu’à une paralysie de vos facultés créatrices. Par l’emploi de l’aplat vous vous élevez à la grande composition décorative et nous attendons avec joie qu’un mur vous soit donné pour permettre à l’artiste déchaîné l’aventure passionnante d’y peindre une marine ou une scène de cirque; car le sens du monumental s’allie en vous au génie de la couleur et à la maîtrise de la forme. Dans les grandes marines se retrouvent les éclatantes couleurs du «fauve» que vous êtes souvent.
Sans doute reviendrez-vous au paysage d’Ajoie, mais il est bien probable que ce ne sera ni en naturaliste, ni en réaliste. Vous ne vous en inspirez que pour remonter à l’abstraction. Tous vos départs, d’ailleurs, naissent d’un contact avec la nature et la réalité concrète. Ces retours non voulus, instinctifs et nécessaires, vous préservent des formules et des schémas et vivifient votre art.



Ni la puissance de la touche, ni l’exubérance du coloris, ni même les audaces d’une imagination créatrice toujours en éveil ne nuisent à la qualité du dessin. Car si vous êtes un peintre authentique, vous vous montriez dessinateur sensible dès vos premiers monotypes. Le résultat de cette très belle technique personnelle est une couleur admirable de chaleur et de velouté, sonore ou tout au contraire en sourdine, où le dessin apparaît pur et spontané, jailli de l’inspiration, car toute retouche est interdite.
Il y a du merveilleux impressionniste dans ces nus séduisants, ou ces chatoyants poissons; tout devient poésie et musique pour celui en qui la peinture moderne a développé une nouvelle sensibilité. Dans vos derniers monotypes se manifeste aussi, plus encore que dans vos œuvres antérieures, un art qui veut être plutôt que représenter, avec d’éloquentes simplifications. Il faut d’ailleurs un esprit créateur singulièrement aigu pour marquer spontanément sur le papier ces figures aux proportions apparemment arbitraires et pourtant nécessaires à l’équilibre. Les résultats sont là, rapides et surprenants, mais les résultats se jugent à leur importance et non à l’effort fourni pour les obtenir. Reprochera-t-on au Jongleur d’avoir trop de bras ou de jambes ? Non, pourvu qu’il évoque avec force et beauté les moments successifs de l’action.
Partout chantent des mélodies fortes, des accords virils qui soulignent agressivement de vigoureuses déformations, ou bien les subtiles crudités de tons heurtés et dissonants, mais jamais anarchiques, ou encore les harmonies profondes et les tonalités rares. La beauté et la réalité d’un sujet ont passé à travers vous et vous les restituez avec une autre beauté et une autre réalité: par là vous êtes un créateur.
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Roger Tissot 












