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Charles Stoecklin (1859 - 1946)
Artiste peintre, d'origine suisse (Aesch; Bâle-campagne). Né à Mulhouse le 1 novembre 1859, décédé le 4 juillet 1946 à Lausanne. Elève de l'école de dessin à Muhlouse puis en 1881 élève de l'Académie Julian à Paris avec les professeurs Jules Lefebvre et Benjamin Constant. Enseigne le dessin à Mulhouse puis s'installe en Suisse où il est nommé professeur de dessin de 1914 à 1925 au collège St-Charles de Porrentruy. En 1917 il se marie avec Marie-Valentine Corbat, ressortisante de Vendlincourt, avec qui il aura 3 enfants. A vécu à Bienne à la route de Boujean où il a célébré son 80ème anniversaire en 1939. En 1942 il s'installe à Lausanne où il est décédé en 1946 à l'âge de 87 ans. On lui doit des portraits, des paysages, des natures mortes et des fleurs. Charles Stoecklin a exposé au Salon de Paris. Articles de presse (Le Pays, 1946) |
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Le peintre avec ses trois filles vers 1930 Le peintre vers 1939 |
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| «Marie, femme du peintre» (1917) | L'Ill à Mulhouse» dessin de Charles Stoecklin (1899) - 29 x 50 cm |
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Ci-dessous la liste de ses oeuvres exposées à Bienne dont "Le Chômeur" particulièrement remarqué par la critique. |
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C. Stoecklin - Portrait probablement de son père (1891)
Lettre de Charles Stoecklin au peintre Jean-Jacques Henner / Document reçu du musée Henner à Paris |
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Oeuvres de Charles Stoecklin en vente sur notre site
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ANDRÉ EVARD Peintre avant-gardiste neuchâtelois des années 20
André Evard (1876-1972) Né le 1er juin 1876 à Renan, près de La Chaux-de-Fonds et mort le 20 juillet 1972 à Le Locle, est un peintre et dessinateur suisse. Il est en particulier significatif pour le domaine du constructivisme et compte parmi les premiers artistes à avoir travaillé de manière non figurative. Il a produit au cours de sa vie des centaines de peintures à l'huile, un grand nombre de dessins ainsi que 2000 à 3000 aquarelles et gouaches.
Biographie André Evard est né le 1er juin 1876 à Renan (Jura bernois), fils de Jean-Félix Evard (1849-1879) et de Marie Sagne (1852-1921). Après le décès de son père, la mère et le fils emménagent à La Chaux-de-Fonds, où Marie Evard tient une pâtisserie. D'abord également pâtissier, André entreprend ensuite des études d'art, rendues possible par un héritage. Il étudie de 1905 à 1909 à l'École d'Art de La Chaux-de-Fonds et suit les cours d'arts décoratifs de Charles L'Eplattenier, ancien élève de Ferdinand Hodler. Il se fait remarquer par des travaux d'orfèvrerie et des émaux d'une grande finesse, ce qui lui vaut le surnom de "bijoutier de la peinture" de la part de L'Eplattenier, qui lui prédit un avenir d'émailleur. À cette époque, l'art d'Evard est encore fortement influencé l'Art nouveau. Parmi ses amis d'études figurent entre autres Le Corbusier, Conrad Meili et Léon Perrin, avec lesquels il travaille à la décoration et à la peinture de villas privées et d'églises dans le style sapin. Il aménage par exemple avec Le Corbusier les pièces intérieures de la Villa Fallet à La Chaux-de-Fonds. À partir de 1907, l'intérêt artistique d'Evard se concentre principalement sur la peinture et le dessin. Il entreprend la même année un long voyage d'études en Italie, où il se consacre à l'étude des maîtres. Dans les années suivantes, les œuvres qu'il réalise sont surtout des portraits de petit format et des paysages expressifs. Il réalise ses premiers collages dès 1908, mais ils rencontrent une vive opposition. Ses participations à différentes expositions, comme à Munich en 1909 ou à Neuchâtel en 1914, ne rencontrent pas non plus de succès. S'ensuivent une profonde crise dans sa création et une réorientation totale. Il entreprend ainsi à partir de 1913 ses premiers essais abstraits, cubistes et constructifs, qui le mènent au premier rang de l'avant-garde, et non seulement en Suisse. Il se consacre de plus en plus au principe de la série (comme avec ses Roses), car les variations formelles et colorées sur un motif de base le fascinent.
Après le décès de sa mère, il séjourne pendant de longues périodes à Paris de 1923 à 1927, et s'attelle de nouveau à l'étude approfondie des maîtres anciens et modernes. Il rencontre des artistes tels que Georges Braque, Robert Delaunay et Theo van Doesburg, qui lui propose de travailler au sein du groupe De Stijl. Il entre aussi pour la première fois en contact avec la sculpture africaine, ce qui renforce son intérêt pour l'art extra-européen. Il accorde une importance particulière à la couleur noire, qui est pour lui "l'aristocrate des couleurs". Certaines de ses œuvres abstraites, cubistes et constructives réalisées dans ces années parisiennes sont exposées au Salon des Indépendants et au Salon d'Automne. Bien qu'André Evard soit alors un artiste central de l'avant-garde, il refuse les propositions de marchands d'art et ne cède presque jamais ses œuvres à des galeristes ou à des collectionneurs. Il cherche la reconnaissance presque exclusivement dans le contexte des institutions officielles.
De retour à La Chaux-de-Fonds, il épouse en 1928 Milca Reguin, fille du peintre Louis Reguin. L'année suivante marque un tournant difficile : en raison du crash boursier, il perd toute sa fortune. À partir de ce moment et jusqu'à la fin de sa vie, il vit de manière très modeste. Les voyages à Paris ne lui sont plus possibles. Son influence se réduit ainsi à sa région, que dès lors il ne quitte plus. Ses œuvres avant-gardistes ne sont pas populaires auprès d'un public conservateur. Résigné, il cesse d'abord sa production, puis change de style à partir de 1932, pour augmenter ses chances de vente. Il crée ainsi, en plus de ses travaux concrets qu'il poursuit en parallèle, une quantité de natures mortes et de paysages figuratifs traditionnels, presque sans représentation humaine, qui se distingue par leur puissant coloris. Il participe à plusieurs expositions, comme "Zeitprobleme in der Schweizer Malerei und Plastik" en 1936 à la Kunsthaus de Zurich. Il est le dixième membre à rejoindre le groupe d'artistes nouvellement fondé allianz, qui offre une plateforme aux artistes de l'avant-garde et rassemble des représentants importants de l'art abstrait et surréaliste. Mais ici aussi, il n'utilise pas les avantages du groupe, qui ne suscite que très peu l'intérêt du public local. L'art suisse officiel s'orientant vers un goût traditionnel, il devient pour Evard quasiment impossible d'obtenir des commandes publiques. Il est ainsi progressivement relégué à l'arrière- plan, et choisit de se retirer dans l'isolement. La dernière exposition de ses productions faite de son vivant a lieu en 1951.
Son art a sans cesse oscillé entre un style abstrait et un style figuratif. Ses nombreux paysages et natures mortes se caractérisent par un coloris puissant, qui exprime sa vision panthéiste de la nature. Il a représenté de nombreux couchers de soleils et des paysages colorés du Jura. Peu avant sa mort en 1972, il termina sa dernière œuvre : une croix rayonnante et triomphale. André Evard est resté pendant longtemps dans l'oubli. Ce n'est que depuis ces dernières années que des efforts ont été produits pour faire connaître à nouveau son œuvre aux multiples facettes. En 1975, l'écrivain suisse Pierre du Bois de Dunilac fit connaître son œuvre et sa vie à travers un livre qui fut le premier à lui être uniquement consacré. En 2005, sous l'impulsion d'Edmond Charrière et de Silvia Rohner, une exposition de son œuvre eut lieu au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, ce qui peut être considéré comme une reconnaissance officielle de son talent.
Œuvre Après la fin de ses études, Evard a d'abord peint dans la continuité de la tradition française de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il mêle les influences de la peinture de salon, de l'impressionnisme et du symbolisme avec les influences de Vincent Van Gogh mais aussi de l'art extrême-oriental, qu'il confond en créant ainsi un style bien à lui. Dans ses compositions de couleurs, il sait coordonner des couleurs entièrement opposées dans une harmonie absolue. Une extrême liberté d'impression, une grande variété d'ambiances, des modulations de couleurs subtiles et une vivacité chromatique caractérisent son œuvre, car Evard souhaitait rendre aux couleurs leur "esprit". Progressivement, il finit par se défaire des formes données, ornementales ou symboliques et passe de l'ornement à la structure. Dans des œuvres telles que Crocus, Roses, Roses noires, Chardon, Nocturne ou Pyramide, c'est par exemple un dessin sobre et plastique ou géométrique qui est au premier plan. Ses œuvres des années 1920 rappellent ainsi Vassily Kandinsky, Juan Gris et Georges Braque. A contrario, il semble unir toutes ces diverses influences dans un style bien à lui. Un exemple modèle pour son évolution d'une peinture figurative à une peinture constructive est sa série de Roses. En 1917, il introduit avec Trois roses pour la première fois un motif auquel il va se consacrer pendant plus d'une décennie. Son penchant pour les variations et une méthode de travail obsessive s'affichent ici pour la première fois : il change une fois les couleurs de manière à peine perceptible, une autre fois au contraire toute la composition. L’abstraction progressive à partir d’un objet de la nature s’accomplit ici de manière exemplaire, en passant du cubisme jusqu’au constructivisme. Tandis qu’au début il accorde de l’importance à rester fidèle à la couleur, il abandonne progressivement cet aspect, se libère des couleurs et ajoute des lignes verticales et horizontales dans l’image, faisant ainsi de l’objet représenté une forme presque purement géométrique. Evard s’éloigne de la représentation figurative grâce à ces lignes qui créent une tension dans l’espace et choisit les couleurs par leurs valeurs sentimentales, chaudes et froides, claires et foncées ou ludiques et sévères. L'oeuvre d’André Evard est difficile à classer dans les catégories de l’histoire de l’art. Il ne s’est attaché à aucun courant stylistique et il a au contraire fait appel au passé, mélangé les styles et inventé du nouveau. Aussi bien l’Art nouveau que le cubisme ou l'abstraction géométrique et constructiviste ont marqué son œuvre. Alors qu'il faisait partie à Paris de l'avant-garde, il est retourné par la suite à la peinture figurative. D'un côté, le jeu des formes et des couleurs conduit à des paysages figuratifs très expressifs, de l'autre, résultent de sa réduction claire des natures mortes fascinantes, qui donnent à voir des combinaisons de couleurs inhabituelles et des relations entre l'objet et l'espace entièrement nouvelles. André Evard peignait de manière abstraite alors que presque personne encore ne le faisait et il est retourné à la peinture figurative lorsque l'art abstrait dominait. Il a toujours pris le risque de changer de style, et c'est aussi ce qui fait la particularité de son œuvre artistique.
Evard, une vie ** En 1974 , une exposition groupant 66 oeuvres abstraites et cubistes des années 1919-1939 révélait André Evard au public parisien. L'étonnement était considérable, car on découvrait subitement un ensemble cohérent et déjà tout inscrit dans l'Histoire. Cette apparition parut soudain comme indispensable, et l'on s'interrogeait sur les motifs qui avaient contribué à l'éloignement, à la méconnaissance, au silence de cet artiste venu de loin, prodiguant des richesses à un public émerveillé. On avait coutume de reprocher à André Evard sa violence picturale, souvent à la limite convenable, car la passion qu'il mettait à faire triompher sur ses petites toiles presque carrées des amas de pures couleurs effrayait. On devait avouer ne pas comprendre cet acharnement à transformer le Jura harmonieux en terre de violence, à lui donner des fulgurances réduisant en miettes un passé de traditions souvent compassées. Or, l'ensemble présenté à Paris, souligne un modernisme intelligent et avant-gardiste. Du moins synchronique, si l'on s'en tient exactement au registre des périodes où les courants majeurs font surface pour définir une époque. Certaines toiles avaient déjà pris le chemin de Paris en 1923 et 1927. Elles avaient été mêlées à des milliers d'autres et n'avaient pas retenu autrement l'attention de la presse parisienne. Cette fois, réunies avec soin, elles prenaient une allure splendide et constituaient une pléiade de chefs d'ceuvres. Certaines toiles d'Evard supportent la comparaison avec celles des maîtres du cubistes ou de l'abstrait. Leur facture est minutieuse, mais surtout elles témoignent d'une ferveur et d'un génie authentiques, et c'est enfin dans le sujet qu'elles se distinguent, s'isolent et resplendissent. Lorsque je tente de situer Evard, je ne crains pas de lui attribuer une place auprès des meilleurs peintres non seulement du Pays de Neuchâtel, mais d'une époque, sans limitation géographique. J'éprouve un regret immense de n'avoir pas mieux connu André Evard. Au moment où je peux lui être utile, en n'ensevelissant pas ses oeuvres dans des lieux secrets, mais en tentant de lui offrir une place de choix, je veux exprimer mon admiration, car son oeuvre intacte, intouchable, constitue un des événements les plus merveilleux dans le domaine pictural du Pays de Neuchâtel en cette seconde moitié du 20e siècle, ses ondes n'ont pas fini de s'étendre. ** Source : article de pierre von Allmen paru dans la Revue neuchâteloise No 67, été 1974
Oeuvres d'André Evard en vente sur notre site
Mort d'un grand artiste chaux-de-fonnier L'mpartial - samedi 22 juillet 1972 Tous les Chaux-de-Fonniers et tous les amis des arts d'ici et d'ailleurs apprendront avec chagrin la mort du peintre André Evard, survenue à son domicile de la rue des Tourelles alors qu'il était entré dans sa 97e année, ayant atteint l'âge de 96 ans le 1er juin dernier. En 1971, il avait été fêté par ses jeunes camarades membres de la Société des peintres, sculpteurs et architectes neuchâtelois qui, cette année même, lors de l'exposition de Neuchâtel, en mai dernier, lui fit les honneurs d'une salle illustrant fort bien son art et sa longue évolution. Après le vernissage il avait participé de fière humeur et jusqu'à plus de minuit, à la réception qui suivait, surprenant chacun par la verdeur de son langage et la vivacité de sa mémoire. Mais surtout le beau tempérament qu'il mettait à soutenir ses positions, attaquer l'art immédiatement contemporain, pourfendre autour et alentour. Avec tant d'énergie et d'alacrité que, considérant le sien comme un cas objectif, il ne le désignait pas en disant « ma peinture », mais « la peinture d'Evard ». En revanche, la dernière fois que nous lui avons rendu visite, il n'y a pas un mois, nous l'avons trouvé affaibli, déprimé, parlant de l'injuste oubli dans lequel il était tombé dans sa ville natale, se demandant où iraient les belles collections d'art qu'il avait constituées depuis le début du siècle. Ses dernières années ont certes été assombries par des maux divers, en particulier des troubles circulatoires. Mais que l'on songe qu'à plus de 90 ans, il trottait encore d'un pas extrêmement rapide dans les rues de sa vieille ville à laquelle il était jalousement, voire férocement attaché, la défendant avec bec et ongles, regrettant ses beaux vieux espaces, ces volumes d'un style si particulier, d'une géométrie originale, qu'il eut fallu souligner et qui disparaissaient sans que l'on y prit garde ! La Chaux-de-Fonds est en train de perdre son âme, c'est cela qui m'attriste, non pas que son visage change, mais qu'il ne change pas bien. FILS ESTHÉTIQUE DE L'EPLATTENIER Ce Chaux-de-Fonnier exemplaire n'était pourtant pas né ici, mais tout à côté, à Renan. Ses parents vinrent exploiter la confiserie du Casino, actuellement bureau de tabac. Lui-même apprit le métier de confiseur, puis exerça la profession de libraire, passionné qu'il était déjà de livres d'arts et de couleurs. A peine plus jeune que L'Eplattenier (né en 1874), il se précipita, au Cours supérieur de composition et de décoration institué au début du siècle par le grand Charles à la barbe fleurie. Il y rencontra le futur Le Corbusier, le sculpteur Léon Perrin, Georges Aubert, bientôt Charles Humbert, Madeleine Woog. De cet assez prodigieux bouillon de culture qui régna dans les arts chaux-de-fonniers de l'époque, tout éblouis des découvertes que leur faisait faire le maitre, André Evard sortit avec, un bagage étonnamment vaste et des appétits plus ambitieux encore. Dès 1905, il collaborait avec Charles-Edouard Jeanneret, par exemple à la première maison de celui-ci, Chemin de Pouillerel 1, où on le voit avec Octave Matthey (qui voua à son ami d'alors, Le Corbusier, une haine inexpiable, esthétique s'entend), en train de gratter les solides graffiti d'origine qui l'ornent encore. Il participa sans doute aux fameux « Ateliers d'art réunis » d'où sortent divers édifices et ameublements, des expériences fabuleuses qui, dans le domaine de la création de la forme, vont du cercueil au monument historique, au génie civil, au bracelet-montre : bref, à tout. Mais Evard resta très attaché à Le Corbusier, d'un bout à l'autre de sa carrière. SON ŒUVRE Si Evard fut une sorte de novateur, c'est surtout dans le domaine de la couleur. Ayant retenu la leçon des Japonais et des Chinois (estampe), des impressionnistes et des cubistes (transmutation et autonomie de la couleur, importance essentielle de la lumière), il s'était formé une doctrine esthétique qui affirmait la primauté du volume dans l'art occidental né de la Renaissance, et par conséquent déniait ou reniait tout art informel, toute peinture sans perspective (chez lui la perspective était ou bien traditionnelle, ou bien géométrique, comme dans son importante période cubiste). La « gamme Evard » s'emparait autant du paysage que de la nature morte, des fleurs. Il fit de ces lacs sanglants, de ces couchers de soleil fulgurants (les immenses couchers de Soleil jurassiens), ces Doubs d'un vert pétant ou funèbre, ces cerisiers éclatant de rires épars : cette flore fantastique qui déchainait la passion pour ou contre. Les « Variations sur un thème » pour lesquels on l'accusait de cérébralisme ou, tout au moins, d'intellectualisme, ce qui passait pour une critique dans la bouche des « L'Eplatteniérisants ». En même temps, avec un soin extrême des matières sans cesse remises sur le métier, il s'appliquait aux profondes investigations cubistes, l'objet, ici, étant la peinture elle-même. Amoureux de tout, des bijoux, joailleries, broderies, il amena sur ces toiles ces joyaux presque matérialisés dans les reliefs travaillés comme en bijouterie. Sans doute, ce «stylo Evard» ne dépassa-t-il pas le cercle des connaisseurs, mais ses expositions à Paris (Salon d'automne, Indépendants), à Zurich, déchaînèrent des querelles assez violentes, et ceux qui suivirent l'« école Evard » se reconnaissent d'assez loin, que ce soit en tant que peintres ou qu'amateurs d'art. Un jugement tranchant, un système de références très sûr amenaient Evard à enseigner avec autorité. LE COLLECTIONNEUR Dès que L'Eplattenier eut révélé à ses ouailles les splendeurs de l'estampe japonaise, Evard en acquit. Il choisit ses impressionnistes, ses Renoir (peintures et sculptures), ses Hodler, avec sagacité, à tel point que récemment encore, quand il devait se défaire (avec quel chagrin) d'une oeuvre, elle était acquise à des prix qui prouvaient la valeur. Les Indiennes authentiques, cachemires, sculptures africaines, qu'il a réunies et dont la collection impressionnante lui reste, souhaitons vivement qu'elles demeurent en sa ville natale et enrichissent notre patrimoine et ne partent pas, comme certaines autres, ailleurs. Il faudrait parler de l'idéaliste (l'un des plus proches collaborateurs du pasteur Pettavel à la « Feuille du dimanche » jusqu'en 1932), du chrétien, de l'ami ( combien d'artistes il dépanna par des prêts et des dons, pas toujours payés de reconnaissance), enfin de cet amoureux de la nature qu'il fut toujours, dans son Haut-Jura ou à Montézillon, où il a inventé ses lacs inoubliables. A Mme Evard, son infatigable compagne, à ses amis, nous présentons nos sincères condoléances. Une vie si remplie et dévouée aux plus hautes vertus spirituelles continuera d'enrichir La Chaux-de-Fonds, si celle-ci veut bien lui accorder foi et gratitude. J.M.N.
De l’Art nouveau au Modernisme classique par Françoise Urban-Menninger * (juillet 2013) Le musée Messmer magnifiquement situé dans une ancienne brasserie à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, créé en 2005 par l’entrepreneur Jürgen A. Messmer en mémoire de sa fille Petra trop tôt disparue, nous invite à découvrir ou redécouvrir le peintre et dessinateur suisse André Evard méconnu, voire inconnu mais dont l’oeuvre s’inscrit aujourd’hui dans l’Histoire de l’art européenne. Au fil du temps, Jürgen A. Messmer, passionné par le parcours d’André Evard a enrichi un fonds exceptionnel acquis en 1978, composé d’esquisses, de peintures à l’huile et d’aquarelles, de cet artiste qui a traversé le 20e siècle en s’inscrivant tour à tour dans les mouvements de l’Art nouveau, du Pointillisme, du Cubisme, de l’Expressionisme, puis du Constructivisme. Jürgen A. Messmer, qui a eu l’immense privilège de rencontrer le peintre avec ses amis René Gerber, Caroline et Willy Sutter, l’a accompagné jusqu’à sa mort. Né en 1876 à Renan dans le Jura bernois, André Evard s’installe avec sa mère dans la célèbre ville horlogère de La Chaux-de-Fonds où elle ouvre une pâtisserie après la mort de son époux. En 1903, nommé au conseil culturel de la Ville, Evard participe à l’achat de tableaux pour le musée local, puis il entreprend des études à l’Académie des Beaux-Arts où il suit les cours de Charles L’Eplattenier, l’un des principaux représentants de l’Art nouveau en Suisse. Il y rencontre Le Corbusier et Léon Perrin et réalise dès 1908 ses premiers collages, puis en 1913 ses créations non-figuratives avant d’aborder en 1919 ses chefs-d’oeuvre surréalistes. Entre 1923 et 1928, il rencontre Georges Braque, Robert Delaunay, Fernand Léger, Piet Mondrian, Theo van Doesburg à Paris où il expose régulièrement au salon des Indépendants et d’Automne sous la direction de Paul Signac. Très vite considéré comme un peintre d’avant-garde, il joue un rôle majeur dans le développement de l’art abstrait suisse et rejoint en 1937 le groupe Allianz. De son vivant, plusieurs rétrospectives lui ont été consacrées à l’occasion de ses 70 e et 90 e anniversaires à La Chaux-de-Fonds et à Neuchâtel. Aujourd’hui, le musée Messmer offre au public de renouer avec 70 ans de création de cet artiste qui nous fait voyager de l’Art nouveau au Modernisme classique sous l’intitulé "Erleben" (Expérience au sens de connaissance). Le portrait d’une femme peint en 1912, marqué par le Jugendstil semble avoir traversé le siècle, tant ce visage nous paraît intemporel, les séries de collages et de compositions abstraites autour de la thématique de l’espace-temps nous invitent à appréhender le cheminement d’un artiste qui fut le premier Suisse non-figuratif en 1913 ! Dans les deux toiles appelées "Intérieur", l’on saisit comment avec le même sujet, à savoir une plante dans un vase, le peintre passe de la figuration à l’abstraction. Se réinventant sans cesse, André Evard excelle aussi bien dans des toiles où l’on perçoit l’influence du Cubisme que dans des oeuvres surréalistes. Sa série "le couvent" joue sur les perspectives, l’architecture, les structures géométriques tout en évoquant sur le plan philosophique l’ouverture, la clôture dans leur sens spirituel. Il ne manque que le parfum à sa fabuleuse rose blanche qui surgit de la toile comme d’un écrin. Une série de roses jaunes, bleues, rouges sont déclinées jusqu’à l’abstraction géométrique qui enferme la fleur dans son cadre telle une épure infiniment précieuse. Le musée expose pour la première fois quelques toiles réalisées durant la Première Guerre mondiale entre 1914 et 1918. Ce sont des têtes de mort grimaçantes coiffées d’un oiseau noir de mauvais augure et qui semblent porter un coup d’arrêt à l’imagination débordante de l’artiste. Mais l’homme qui se veut avant tout panthéiste se renouvelle et élabore une oeuvre poétique dans une parfaite symbiose avec la nature dont son "Nuage bleu" devient le symbole. Et André Evard d’égrener dans de très nombreuses toiles son ode à la vie dans des paysages flamboyants où la couleur irradie. Des couchers de soleil rutilants avec des effets de matière débordent le cadre et font rayonner l’astre solaire jusque dans la salle d’exposition ! L’artiste a trouvé dans la couleur le chemin vers la lumière et l’on songe aux derniers mots de Goethe "Mehr Licht"... Un amandier en fleurs, un coing jaune d’or, une pivoine ébouriffée et rieuse, sont autant de notes de musique qui font chanter les tableaux d’André Evard dans une joie contagieuse qui gagne ceux qui les contemplent avec les yeux de l’esprit. Le noir qui est pour le peintre "l’aristocrate des couleurs" nous ouvre une autre dimension, celle de la transcendance à l’instar de l’outrenoir ou du noir-lumière de Pierre Soulages, car derrière le visible l’artiste nous invite à approcher l’invisible. Voilà pourquoi ce peintre inclassable qui a connu tous les courants artistiques en développant son propre style reconnaissable entre tous, nous parle encore aujourd’hui et possède le pouvoir de nous surprendre et de nous émerveiller. Nul doute que cette vaste et exceptionnelle rétrospective, ainsi que le prix annuel André Evard remis à de jeunes talents, contribuera à une meilleure connaissance d’une figure majeure de l’art du 20ème siècle ! Musée Messmer à Riegel près de Freiburg en Allemagne: www.kunsthallemessmer.de (*) Source : https://www.e-litterature.net/
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Philippe GROBÉTY (1905-1988) peintre neuchâtelois
Très tôt attiré par la peinture, Philippe Grosbéty a fréquenté l’Ecole des Beaux-Arts. Il y est toutefois resté peu de temps, lassé des cours et de peur de se laisser enfermer dans un certain académisme. C’est vers 1925 qu’il commence à peindre et à dessiner, se laissant influencer par le mouvement impressionniste jusque vers les années 60. Dès lors, Philippe Grosbéty trouve son propre chemin. Il est hanté par la couleur, la forme tendue vers une pureté essentielle, en un art non figuratif, traversé de signes symboliques fulgurants. Esprit curieux, Grosbéty possédait une culture artistique et littéraire très vaste. Il fut l’ami d’écrivains tels que Blaise Cendrars, d’artistes comme Le Corbusier et André Evrard. Malgré cela, il ne fut pas compris de ses contemporains et contraint de travailler dans une solitude presque totale. Il exposa peu mais les discussions et controverses allèrent bon train autour de son œuvre. Philippe Grosbéty s’est éteint le 25 juin 1988 dans son atelier du Locle. «Quand un peintre ne sait plus où aller, c'est qu'il est sauvé. On peut penser sa toile, c'est quand même autre chose qui vient. Il faut peindre avec ce qu'on n'a pas appris.» Philippe Grosbéty
Le peintre Philippe Grosbéty ou la sensualité dans le dépouillement Philippe Grosbéty, au Locle depuis un bon quart de siècle, peintre «du dimanche» dès 1931 et passé professionnel, si l'on peut s'exprimer ainsi, voici quelques années, n'est quasiment pas connu dans sa ville et son canton ! Par contre - la célébrité est capricieuse - ses oeuvres sont connues et appréciées en Suisse allemande, à Zurich notamment et le seront bientôt à Bâle par une exposition qui doit se faire à la célèbre Kunsthalle. Qui est Philippe Grosbéty ? Né dans le Val-de-Ruz, il fit plusieurs métiers, entre autres horloger puis mécanicien, à Neuchâtel, Bienne pour venir s'établir enfin au Locle où, naguère, la maladie lui ravit une jambe, le contraignant à l'abandon de toute activité professionnelle et le renvoyant à sa palette et à son chevalet. Après avoir, avec la sagesse d'un débutant, beaucoup dessiné depuis son adolescence et peint dans un style parfaitement figuratif, mais vigoureux et hautement coloré déjà, pendant plus d'une vingtaine d'années, Grosbéty s'orienta, il y a peu, vers une autre forme d'expression picturale, marquant un point de rencontre en même temps qu'un point de départ vers des découvertes nouvelles dont on entrevoit déjà les riches promesses. En réalité, ce peintre, dont l'honnêteté et le besoin jamais assouvi d'évoluer sont ceux des authentiques créateurs d'art, est seul dans ces Montagnes neuchâteloises et peut-être même dans le canton à tenter une telle démarche. Utilisant des pâtes épaisses par couches successives (il lui faut une année pour réaliser un tableau ! ) Grosbéty, ne s'intéressant plus qu'à la matière et à la couleur, a atteint un art par lequel il traduit sa sensualité avec une économie, non pas de matière mais de moyens, assez remarquable. Peinture physique certes, puisant ses inspirations, ses émotions, ses sensations, dans le réel et les exploitant avec générosité dans un style figuratif simplifié à l'extrême, dépouillé de tout ce qui ne fait pas l'essentiel, et dont les fonds épais et modelés dans la pâte ne sont que les plans de perspectives.
«L'arbre,> (notre photo) est la toile la plus récente de Grosbéty et, à notre avis la plus représentative et la meilleure de sa production actuelle. Elle résume magnifiquement l'art du peintre, produit de la synthèse entre l'art non-figuratif et ce besoin. toujours plus envahissant de retrouver un certain équilibre, certaines ressemblances, des points de réalités dont on ne peut, en définitive, pas se détacher totalement, et auxquels on retournera inmanquablement. Philippe Grosbéty ouvre des portes et l'on aurait tort d'ignorer plus longtemps cet artiste qui force l'admiration par sa volonté, sa probité et son talent qui a mûri à l'abri de toute influence pour trouver aujourd'hui une voie nouvelle aux perspectives considérables. G. Mt (article paru dans l'Impartial) Avec Philippe Grosbéty, peintre loclois et dur à cuire
Philippe Grosbéty à côté de l'affiche publiée il y a trois ans (en 1958) II habite rue des Envers, un nom bien loclois. Une petite maison où il y a pignon sur rue, mais, tout derrière, un charmant jardin à la jurassienne, fleurs et légumes, un brin de verdure, du ciel. Une espèce de départ pour cet imaginatif grondant, toujours prêt à se sentir prisonnier, cloîtré, enfermé dans les préjugés et l'étroitesse d'esprit des provinces. Et pourtant, il en a vu du pays, (moralement s'entend !). Il y a peu, on lui coupait la jambe, et encore aujourd'hui, il marche (avec une surprenante agilité d'ailleurs) sur des béquilles; de prothèse, point, pour le moment du moins. Le moment ou jamais de prendre nourriture, sève, joie (ou fureur) de vivre dans son art, puisqu'il en a un ! Sa femme et son charmant gamin, avec qui il forme, société vivante, et gaie, ma foi, malgré les malheurs. Au fond, l'on peut dire que Philippe Grosbéty, qui s'avance tout dou, tout doucement vers la soixantaine (qu'il n'a pas), est un autodidacte en peinture. Il a tout appris par ci par là ; un petit héritage qui lui est tombé dessus sans crier gare quand il avait dix-huit ans lui permet d'étudier et aussi de vivre sa vie. Il n'y va pas par quatre chemins, d'après ce qu'il raconte. On prend le tout à pleines mains, on est jeune, on y en met à mort. On peint comme on aime peindre. Le bon papa Bailé, artiste pondéré s'il en fut, qui donne avec distinction un cours distingué dans la non moins distinguée ville de Neuchâtel, ne peut pas supporter longtemps ce jusqu'au-boutisme : - Êtes-vous vraiment convaincu de ce que vous faites ? demande-t-il à Philippe, il y a plus de quarante ans. Evidemment. il ne voulait pas dire : on fait de la peinture-pour-jeune-fille-de-pensionnat-qui-paie-bien ! Déjà, Grosbéty dérangeait les habitudes bourgeoises. Il a continué, sapristi... UN ART QUI VA OÙ IL VEUT... Il a peu exposé. Une fois à la Cité du Livre. Une quinzaine avec Jacot-Guillarmod, dans la plaisante galerie de cet autre Loclois, à Saint-Aubin. En 1944 au Locle. Il n'a pas toujours pu se consacrer à la peinture, puisqu'il a travaillé nombre d'années en usine. Cent après tout la maladie qui l'a rivé a la toile. Il lit beaucoup, dévore même. Tout, mais surtout les «durs, Céline et quelques autres. Sa peinture est son expression. De 1944, il y a les toiles dites impressionnistes. On voit immédiatement qu'il sait dessiner, et que toute sa composition, même la plus abstraite, est basée sur une organisation de la toile très claire et consciente. Ses portraits (sa mère, l'ancien rédacteur en chef de la «Feuille d'Avis des Montagnes» Rochat-Cenise) sont d'une vérité saisissante, mais une vérité poétique, intérieure. Malgré la vigueur des couleurs et du trait (comme chez Kokoshka, d'ailleurs), il y a une extraordinaire sensibilité à la fois de la forme et, de l'aura qui entoure le personnage : le regard lointain, tragique, infiniment las de Rochat, mémoire solitaire et traquée; les yeux fixés sur une étrange vision de sa mère. Tel autre, un peu clown, qui rejoint Rouault l'hallucinant, avec ses larges traits qui font bas-reliefs. Son «Voyage au bout de la nuit» où se rassemblent deux gaillards, Céline et Vlamynck : mais c'est bien du Grosbéty, je vous en réponds. TOUT CHANGE ! Et voilà, Grosbéty hanté par la couleur, la forme amenée à leur pureté définitive: le signe. Son corbeau funèbre et majestueux est déjà une réussite du genre. Mais il en est d'autres. Une large tête jaune est un véritable partage de la toile entre peinture, pure et humanité résumée et unifiée. Ses usines, judicieusement, ne sont plus que des formes géométriques inscrites dans l'espace. Et, tout à coup, voici l'essentiel : deux gris, une ligne, et c'est le ciel et la terre, cet espace infini, où, comme dit Beckett, «on attend toujours Godot».
Art non-figuratif, certes, mais dés l'abord, on est saisi par la qualité de la matière, de la peinture. Tout cela est fortement senti, et les bases de départ sont sûres, Témoin ce poisson qu'on vous montre ci-dessus (d'avant le non-figuratif absolu, bien sûr) et qui est vigoureusement charpenté, on ne peut pas le nier. Ou bien cette admirable affiche pour les invalides suisses, où vraiment, l'unité de cet homme écartelé est refaite par la grâce du signe (on voit Grosbéty photographié à côté de son oeuvre), Le conseiller d'Etat Leuba a choisi naguère deux toiles de Grosbéty pour son bureau ; il a bon goût, il vaudrait la peine que nos musées des Montagnes neuchâteloises possédent, eux aussi, des peintures de ce dur-à-cuir que rien ne peut entamer : - J'accepte tout, sauf, sauf contre ma peinture, rugit-il, car l'art, c'est sérieux ! J.M. Nussbaum, 1961
Oeuvres de Philippe Grosbéty en vente sur notre site
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