De Beaumont Auguste
(1842.1899)

Rhododendrons
Variant price modifier:
Base price with tax
Salesprice with discount
2400,00 CHF
Discount
Tax amount
Price / kg:
Description

Huile sur toile signée en bas à droite

41 cm x 62 cm

En parfait état

Cadre d'origine offert

AUGUSTE DE BEAUMONT (1842-1899)

Auguste de Beaumont est né le 14 avril 1842 à Francfort-sur-le-Mein. Il fut mis jeune garçon à l'institut d'Hofwyl. Mais sa vraie patrie n'est pas l'Allemagne ou Berne. Sa vraie patrie est Collonges (Genève).

Aussi bien, si l'on veut placer cette figure d'artiste dans son cadre naturel, il faut évoquer là-bas, sous Salève, le beau domaine seigneurial, la maison hospitalière et large, la famille heureuse et nombreuse des Beaumont. Une vie recueillie et charmante, où le culte de la beauté et le soin de l'esprit forment comme une tradition domestique; des livres, des toiles, des fleurs; de vieux arbres, d'amples horizons, de calmes perspectives, je ne sais quoi encore du sourire d’Italie : c'est là. Là qu'il grandit, là qu'il fut jeune homme, là qu'il devint homme tout à fait.

Son premier maître fut son père, Gabriel de Beaumont, dont les Paroles d’un vivant nous découvraient cet été l’âme précieuse. Car Gabriel de Beaumont ne fut pas seulement un chrétien conséquent, ce fut un artiste qui se complaisait au spectacle de la création et saluait dans les pierres, les plantes, les nuances et les oiseaux, l'ouvrage parfait du Créateur. C'est de lui qu'Auguste de Beaumont apprit à se taire, à se recueillir, à s'humilier devant la divine nature.

Quand il saisit pour la première fois un pinceau, on ne sait pas; et sans doute que lui-même n'aurait su le dire. L'architecture, qui sembla l’attirer un moment et qui peut d'ailleurs, elle aussi, être une pratique de beauté, ne fut dans son adolescence qu'une velléité passagère. A dix-sept ans, il était déjà membre de l'Exposition permanente. A dix-neuf ans, il illustrait des fables de La Fontaine et de Florian. Il crayonnait et coloriait constamment.

Heureuse et saine jeunesse que la sienne, toute écoulée dans la paix des arbres et des champs, loin des contacts dissolvants et des contingences inutiles !

Il partait le matin dans la rosée et allait s'ouvrir les yeux et les poumons à l'air du ciel; il montait, il chassait avec ses amis Victor Fatio et Edmond Eynard; il vivait au milieu des tiges, des arbres, des nuages, des murmures, des oiseaux. Et voici que cette nature, su sein de laquelle il passait sa vie, insensiblement lui livrait la sienne à son tour. Elle lui donnait d'autant plus qu'il s'abandonnait à elle davantage et lui arrivait plus humble, plus docile et plus confiant. Elle lui disait ses heures, ses saisons, ses aspects multiples, ses intimités et ses splendeurs. Elle l'imprégnait, l’emplissait, le pénétrait sans violence. Elle l'initiait et et le constituait. De telle sorte que si son pète fut son premier maitre, la nature fut sa maîtresse éternelle.

Cependant il fallait apprendre le métier. Beaumont l'apprit dans des circonstances particulièrement favorables. Il l'apprit en Italie auprès de l'ami et du parent qui entre tous était fait pour mieux le diriger et le comprendre : le peintre Étienne Duval.

C'est à vingt ans, dans l'hiver de 1861, qu'il partit la première fois pour l'Italie. Il y fit dés lors des séjours fréquents et prolongés. Si l'on additionne le temps total qu'il y passa, on voit qu'il se monte à trois années. Ce temps fut peut-être le plus décisif de sa vie.

En Italie, Beaumont était chez lui, dans sa patrie élue, dans la terre classique d'une beauté qui par toutes sortes d'harmonies secrètes et d'hérédités obscures s'accordait le mieux à son âme noble, paisible et pure. Il n'était entouré que de belles lignes, d'images tranquilles, de formes sacrées. La lumière blonde l'enveloppait comme une caresse. Les masses augustes se groupaient autour de ses yeux en calmes ordonnances. Le paysage s'établissait, se composait de lui-même en tableaux rythmés et éloquents. A San-Rossore, à Cività Castellana, à Tivoli, à Rome et dans cette incomparable campagne romaine, il ouvrait son regard intérieur, ébloui et charmé. Son maitre lui montrait avec son doigt. Lui-même regardait travailler, broyer les couleurs sur la palette, faire avec des couleurs de la lumière. Il sentait sa puissance s'épanouir dans le sourire des choses. Aussi bien, lorsqu'à l’âge de trente ans Auguste de Beaumont, qui entre temps avait passé par Paris et fréquenté dans les atelier, d'Humbert et de van Muyden, revint aux bord, du Tibre, il n'était plus le débutant aux surprises ingénues et aux inexpériences charmantes ; il était quelqu'un. Sa personnalité s’était dégagée. L’âme, née à Collonges, avait conquis son instrument.

Dès lors, l’histoire de sa vie n'est plus que l'histoire de son talent, qui ne fait que gagner en force tranquille, profiter des nouelles expériences qu'il élabore ou qu’élaborent autour de lui ceux qui vivent et qui cherchent. L'été, dans sa belle propriété de Sous-Salève; l'hiver, à Genève, dans son atelier de la rue Charles-Bonnet, ici et là, dans de fréquents séjours à la montagne, à la mer, à l'étranger, il travaille. Il travaille fidèlement, avec la conscience du loyal ouvrier, avec la patience, avec l’obéissance de celui qui sait attendre, S'il porte un tourment, c'est celui de son art, S'il connait, une angoisse, c'est le doute de lui-même. Il disait : « La vie est une suite d'efforts ».

Et ce qu'il exprime, c'est une chose unique, la nature, belle partout, bonne partout à Rome comme à Collonges, à Auvernier comme à Saint-Raphaël, dans la plaine qui déroule ses champs labourés sous le ciel comme sur la cime nue de la montagne éclatante. Le tout est de la voir. Et Beaumont la voyait parce qu’il l’aimait.

Non qu'il s'imagine que tout chez elle soit indifféremment digne d’intérêt. Il ne pensait point comme tant d'autre que son moindre accident vaille d’être retenu. Essentiellement poète, sensible infiniment à la vérité supérieure qui se cache derrière les apparences, il ne peignait point le morceau. Il recherchait seulement dans le monde des formes colorées ce qui lui paraissait doué d'expression et de vie. Mais avec quelle constance et quelle ténacité !

 Rien ne le rebutait, ni le froid, ni la fatigue, ni la maladie qui vint trop vite l’entraver dans son essor. « Chaque matin, écrit-il en 1895 à un de ses fréres, je vais au lever du soleil me geler au bord de la Dranse : il faut être fou pour faire ainsi le portrait de deux pierres ! » Et cette sainte folie, Beaumont la conserva toujours.

Vingt fois de suite, il retournait aux mêmes endroits à la même heure; jamais il n'avait accumulé trop de notes; jamais il n'avait approvisionné son oeil et ses cartons d'assez de documents. Les coffres remplis de sa demeure en font foi. Puis, maître de son sujet, dans la Liberté de l'atelier, ayant établi entre le modèle et l’oeuvre la distance voulue de l’espace et du temps, il composait. Et c’était  ces grandes visions tranquilles, ces paysages classiques et nobles, ces états d'une naturellement mélancolique et sereine, ces impressions longues, prolongée, fixées sur la toile d'un effort appliqué et pensif. Pêcher en fleur sur un ciel de fumée, flaques de neige dans une infractuosité de roche rose, bouquet de frileuses primevères nouées autour d'une souche de foyard; ombres bleues des grands arbres sur l’esparcette fleurie; coulées grises du Tibre dans l'ambre de lumière heureuse; petits chemins pierreux s'en allant entre les vignes ou les sillons vers la bande rouge du couchant; et les grèves des lacs, et les déchirures de l’alpe et les froids torrents de montagne, et les nants de sous-bois où se mire un nuage; et les ciels surtout, les grands ciels, lumineux, profonds, construits, qu'habite une pensée.

Il aimait ces choses et les disait longuement, entouré de silence et de respect. Et il disait aussi les oiseaux, dont il se montra toujours grand partisan pour les avoir beaucoup observés et chassés au temps de sa jeunesse et dont il connaissait en artiste et en savant les vols, les gestes rapides, la forte ou frèle structure: aigles et coqs de bruyère, perdrix blanches, bartavelles, cailles, bécasses, rouges-gorges, rossignols de murailles, pies et pinsons, canards, et mouettes, qu'il se plaisait à évoquer dans un coin nature. Et il disait aussi ces immenses communaux d'Archamps, si maigres, si tristes, qui ne sont faits qu'avec ces deux grandes choses où se résume toute la vie : de la terre et du ciel.

L'homme et le peintre étaient les mêmes, composés l'un et l'autre de la même sincérité parfaite, absolue, sans amalgame comme sans tricherie.

Dans notre époque diverse et mobile, Beaumont se ressemblait et se continuait. Il était pareil à lui-même. Il apportait des bois et des champs où il vivait je ne sais quoi d'identique, de tonique et de pacifié. Son contact de rural trempé de grand air et de vérité, grandi au souffle vierge et large de l'espace, faisait du bien, rendait Ie calme, rendait l’unité et la simplicité à nos âmes divisées. Grave et ayant accordé à l’importance de la vie la place et l'attention qu'il fallait, il pouvait être gai. Il avait l'humeur légère et charmante, s'amusait comme un enfant, souriait et riait pour un rien. Et sous les broussailles de ses sourcils, le regard profond et droit, s'ouvrait grand.

Tous l’aimaient, et je n'entends pas seulement les humbles, les petits auxquels il témoignait un soin rempli d'aménité et de bonne grâce, mais les peintres. Durant ces vingt dernières années. Beaumont fut de tous les jurys, de tous les comités, de toutes les commissions des beaux-arts. Et dans ce monde inquiet et soupçonneux des pauvres écorchés que sont les artistes, jamais je n'ai entendu un doute, une récrimination s’élever à son endroit. On sentait que 'on jugement était celui d'une conscience haut placée, faite de rectitude et de droiture, riche d’intelligence et de bonté, et qu’aucune considération mesquine, aucune petitesse d’intérêt ou de cénacle, n’était pour en obscurcir la lumière égale. Il était capable d’apprécier et et de goûter les formules d’art les plus étrangères à la sienne. Il savait aussi démasquer le mensonge où qu’il fût.

Et puis, comme nous l’avons dit, la maladie vient trop tôt assaillir cette riche nature, par ailleurs si saine, si vigoureuse et si trempée. Il souffrit sans le dire et sans se plaindre. Empêché dans sa carrière d’artiste au moment même où elle se développait dans toute sa plénitude, il savait jouir quand même de ce qui lui restait, se plier aux lois inévitables de la misère humaine, se contenter du domaine toujours plus exigu, chaque jour plus restreint que lui limitait sa destinée. Il travailla ainsi jusqu’à la fin. Une semaine avant sa mort, il montait encore à son atelier de la rue Charles-Bonnet. Et puis, le 13 décembre 1899, il expira.

Aujourd’hui, des mains amies ont voulu extraire de l’œuvre infatigable du loyal ouvrier quelques-unes des toiles, quelques-unes des notes qui expriment le mieux les faces multiples de son talent. Les voici groupées pour quelques jours avant l’éparpillement définitif et fatal. Ce qu’il fut, ce qu’il est, tient dans ces salles.

Notre tâche est ici accomplie. Il ne nous reste qu’à nous ranger avec discrétion devant la porte qui vient de s’ouvrir.

Ceux qui en franchiront le seuil diront avec l’autorité qui nous manque la grande allure, la noble gravité, la poésie tranquille de l’œuvre exposée, et comment elle est le reflet harmonieux d’une âme qui fut probe et sincère.

Philippe Monnier

Source : Texte de la plaquette éditée pour l’exposition à la salle de l’Institut à Genève du 5 au 28 mars 1901